{"id":11611,"date":"2026-03-31T14:09:11","date_gmt":"2026-03-31T12:09:11","guid":{"rendered":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/?p=11611"},"modified":"2026-04-02T15:23:37","modified_gmt":"2026-04-02T13:23:37","slug":"wieslaw-mysliwski","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/2026\/03\/31\/wieslaw-mysliwski\/","title":{"rendered":"Wies\u0142aw My\u015bliwski"},"content":{"rendered":"\n<p>Un grand ma\u00eetre de la pens\u00e9e et des mots. Romancier, dramaturge, sc\u00e9nariste de cin\u00e9ma, r\u00e9dacteur. Deux fois laur\u00e9at du Prix litt\u00e9raire Nike. Il est n\u00e9 le 25 mars 1932 \u00e0 Dwikozy, pr\u00e8s de Sandomierz. Il nous a quitt\u00e9 le 29 mars 2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la litt\u00e9rature polonaise, Wies\u0142aw My\u015bliwski est consid\u00e9r\u00e9 comme un repr\u00e9sentant du courant paysan, bien que ses \u0153uvres d\u00e9passent largement cette notion. Les th\u00e8mes moraux et existentiels, ainsi que le sentiment particulier de responsabilit\u00e9 des personnages envers eux-m\u00eames et les autres, placent sa prose et son th\u00e9\u00e2tre parmi les paraboles universelles sur la nature complexe du monde et le destin humain impr\u00e9visible. La plume de l&#8217;\u00e9crivain a donn\u00e9 une voix \u00e0 la campagne polonaise contemporaine, et \u00e0 ses habitants, dignit\u00e9, caract\u00e8re et magie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cette classification m\u2019a en effet parfois pes\u00e9, m\u00eame si j\u2019ai toujours reconnu m\u2019inspirer des sources de la culture paysanne et m\u2019identifier \u00e0 cette culture. [\u2026] Seulement, j\u2019ai toujours per\u00e7u la culture paysanne dans sa dimension universelle \u2013 ce qui m\u2019est cher, c\u2019est ce qu\u2019elle a d\u2019universel, et non le folklore, les coutumes ou l\u2019apparence ext\u00e9rieure. Chez nous, en revanche, on a mis un signe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre le courant paysan de la litt\u00e9rature et les romans sur la campagne.<\/em><br>Wies\u0142aw My\u015bliwski, dans : Krzysztof Mas\u0142o\u0144, \u00ab Mi\u0142o\u015b\u0107 nie jest nam dana \u00bb, Pr\u00f3szy\u0144ski i Ska, Varsovie 2005<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Biographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re de l&#8217;\u00e9crivain, Julian My\u015bliwski, \u00e9tait issu d&#8217;une famille bourgeoise de \u0106miel\u00f3w. Officier, il prit part \u00e0 la guerre polono-bolchevique en 1920 ; apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation, il devint fonctionnaire. La m\u00e8re de Wies\u0142aw My\u015bliwski, Marianna, \u00e9tait une ancienne \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Universit\u00e9 populaire de Zofia et Ignacy Solarz \u00e0 Szyce. Dans sa jeunesse, elle militait activement au sein de l\u2019Union de la jeunesse rurale \u00ab Wici \u00bb. Apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, Wies\u0142aw My\u015bliwski fr\u00e9quenta le coll\u00e8ge et le lyc\u00e9e g\u00e9n\u00e9ral de Sandomierz, o\u00f9 il passa son baccalaur\u00e9at en 1951. Il \u00e9tudia la philologie polonaise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lublin, dont il sortit dipl\u00f4m\u00e9 en 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fit ses d\u00e9buts dans la presse en 1955 avec une critique du roman d\u2019\u00c9tienne de Greff La nuit est ma lumi\u00e8re. De 1955 \u00e0 1976, il travailla \u00e0 la Coop\u00e9rative d\u2019\u00e9dition populaire de Varsovie en tant qu\u2019assistant de r\u00e9daction, r\u00e9dacteur, responsable de la r\u00e9daction de litt\u00e9rature contemporaine et r\u00e9dacteur en chef adjoint.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"532\" height=\"400\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-14.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11614\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-14.jpeg 532w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-14-300x226.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 532px) 100vw, 532px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Wies\u0142aw My\u015bliwski, 1985, fot. Krzysztof Gieraltowski\/Forum<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De 1975 \u00e0 1999, il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dacteur en chef du trimestriel \u00ab Regiony \u00bb et, de 1993 \u00e0 1999, \u00e9galement du bimensuel culturel \u00ab Sycyna \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 membre du Conseil national de la culture, dont il a occup\u00e9 la vice-pr\u00e9sidence de 1983 \u00e0 1989. De 1986 \u00e0 1989, il a fait partie du Conseil consultatif aupr\u00e8s du pr\u00e9sident du Conseil d&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>De 1971 \u00e0 1983, il a \u00e9t\u00e9 membre de l&#8217;Union des \u00e9crivains polonais. Depuis 1997, il est pr\u00e9sident du jury du Prix national Aleksander Patkowski \u00e0 Sandomierz. Il vivait \u00e0 Varsovie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&#8217;\u0153uvre en prose<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9matique rurale a servi \u00e0 My\u015bliwski de base solide, capable de porter et de l\u00e9gitimer artistiquement des questions existentielles et philosophiques. L&#8217;\u00e9crivain a souvent soulign\u00e9 que, dans la culture paysanne, c&#8217;est avant tout sa dimension universelle qui l&#8217;int\u00e9ressait.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je n\u2019exclus pas la possibilit\u00e9 que je me sois cr\u00e9\u00e9 ce mythe de la culture paysanne parce que j\u2019en avais besoin. Il est devenu pour moi une richesse, voire un terrain sur lequel je peux construire diff\u00e9rentes choses. C\u2019est extr\u00eamement utile pour mon \u00e9criture. Je peux tout tirer de ce mythe. En fait, je vis dans deux mondes : celui-l\u00e0, paysan, et celui d\u2019aujourd\u2019hui, intellectuel, disons. Cette dualit\u00e9 est tr\u00e8s f\u00e9conde pour la litt\u00e9rature. Je peux me rendre dans ce monde-l\u00e0 avec n\u2019importe quel probl\u00e8me et voir ce que je peux en faire dans ce monde-l\u00e0. Je peux y aller avec Dieu, avec le destin, avec n\u2019importe quelle affaire du monde.<\/em><br>Wies\u0142aw My\u015bliwski dans un entretien avec Helena Zaworska, \u00ab Gazeta Wyborcza \u00bb, 04\/09\/2007<\/p>\n\n\n\n<p>My\u015bliwski a su saisir avec justesse l&#8217;essence m\u00eame des difficult\u00e9s quotidiennes des habitants de la campagne polonaise, et il a su inscrire le destin de chacun de ses personnages dans le contexte des bouleversements historiques de notre coin d&#8217;Europe. La vie p\u00e9nible du paysan, condamn\u00e9 non seulement aux caprices de la m\u00e9t\u00e9o, aux catastrophes naturelles, aux guerres qui d\u00e9ferlent ou \u00e0 la caprice de l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 administrative, prend sous sa plume des traits martyriques. Ou m\u00eame h\u00e9ro\u00efques, lorsqu\u2019un h\u00e9ros de caract\u00e8re se livre \u00e0 une r\u00e9volte compr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sent\u00e9s par My\u015bliwski dans ses romans et drames successifs s\u2019inscrivent dans le cycle v\u00e9g\u00e9tatif de la nature : au temps des semailles et au temps des r\u00e9coltes. Et dans le cours naturel de la vie humaine, o\u00f9 toutefois l\u2019atteinte de la pl\u00e9nitude des forces vitales ne va pas n\u00e9cessairement de pair avec les comp\u00e9tences. Et l\u2019exp\u00e9rience acquise \u00e0 la fin, avec la capacit\u00e9 fonctionnelle d\u2019un organisme vieillissant.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9crivain a fait ses d\u00e9buts en 1967 avec le roman <em>Le Verger nu<\/em>, qui lui a imm\u00e9diatement valu une grande notori\u00e9t\u00e9. Ce livre, d&#8217;un volume modeste par rapport \u00e0 ses \u0153uvres ult\u00e9rieures, est le monologue d&#8217;un instituteur de campagne qui, dans sa vieillesse, se souvient de son p\u00e8re \u2013 un paysan pauvre \u2013 et dresse le portrait poignant d&#8217;un amour paternel et filial difficile. Le verger du titre devient l\u2019image po\u00e9tique de cet amour : c\u2019est l\u00e0 que le narrateur, enfant, a son nid dans les branches d\u2019un vieux pommier \u00ab aussi grand qu\u2019une \u00e9glise \u00bb, et que son p\u00e8re, revenant des champs, cherche son fils parmi les arbres fruitiers, bien que le verger soit trop petit pour que quiconque puisse s\u2019y cacher. Pourtant, ces recherches, obstin\u00e9es et interminables, sont bien plus qu\u2019un simple jeu :<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais peur qu\u2019il ait oubli\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un jeu, car il ne semblait pas jouer avec moi, mais qui sait avec qui, avec lui-m\u00eame sans doute, avec sa douleur, serait-elle supportable si je ne me retrouvais pas vraiment ; peut-\u00eatre cette douleur s\u2019envenimait-elle en lui pour ne pas avoir \u00e0 ressentir \u00e0 jamais \u00e0 quel point je suis unique dans sa vie, et ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019habitude de me consid\u00e9rer comme un fils, comme n\u2019importe quel fils ; ou peut-\u00eatre ne me cherchait-il pas dans ce verger, mais apprenait-il de la douleur que j\u2019avais laiss\u00e9e, au cas o\u00f9, \u00e0 quoi elle devait ressembler pour ne pas \u00eatre aussi banale que les larmes ou les pri\u00e8res, pour qu\u2019elle ne soit que sienne et ne se cicatrise jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du livre, les r\u00f4les s\u2019inversent : c\u2019est d\u00e9sormais le fils qui cherche son p\u00e8re dans un verger nu d\u2019automne. Cette qu\u00eate r\u00e9ciproque n\u2019a qu\u2019un seul but : sentir la pr\u00e9sence de l\u2019autre, s\u2019assurer : \u00ab Tylko, es-tu l\u00e0 ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Verger nu<\/em> parle de proximit\u00e9 et de perte, des liens familiaux, \u00e0 la fois destructeurs et vivifiants. Mais d\u2019autres th\u00e8mes s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 celui-ci. D\u00e8s son premier roman appara\u00eet un th\u00e8me central chez My\u015bliwski : l\u2019attitude de l\u2019homme face au destin. Mais qu\u2019est-ce que le destin ? L\u2019\u00e9crivain en donne une d\u00e9finition bien \u00e9loign\u00e9e de la conception courante du destin comme une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements ind\u00e9pendants de nous, qui nous sont destin\u00e9s, que nous le voulions ou non. Les personnages du<em> Verger nu<\/em> luttent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res pour donner un sens \u00e0 leur vie. On peut dire que chacun d\u2019entre eux tente de transformer sa vie en un destin fa\u00e7onn\u00e9 consciemment, par la r\u00e9bellion ou l\u2019acceptation. Le p\u00e8re, timide et analphab\u00e8te, est plein d\u2019humilit\u00e9, mais aussi de r\u00e9bellion ; c\u2019est pourquoi il envoie son fils \u2013 chose exceptionnelle au village \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9cole en ville. C\u2019est aussi pour cela que, lors de l\u2019inondation, au lieu de sauver ses biens et de fuir, il attend la rivi\u00e8re et l\u2019arr\u00eate devant sa ferme en disant : \u00ab Tu n\u2019iras pas plus loin, salope \u00bb. Et quand, voulant ramener son fils de la ville, il demande \u00e0 l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de lui pr\u00eater un cheval, il n\u2019accepte pas la premi\u00e8re jument venue, mais choisit lui-m\u00eame et exige la plus belle monture.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au fils, il semble \u00eatre l&#8217;esclave de son destin, accabl\u00e9 par l&#8217;amour paternel et les espoirs auxquels, selon lui, il n&#8217;a pas su r\u00e9pondre. Jeune homme, il ne s&#8217;est pas adapt\u00e9 \u00e0 la vie citadine et, une fois ses \u00e9tudes termin\u00e9es, il est retourn\u00e9 \u00e0 la campagne ; l\u00e0, il a accept\u00e9 un poste d&#8217;enseignant \u00e0 l&#8217;\u00e9cole locale. Mais cette voie ne lui apporte aucune satisfaction. Les livres qu\u2019il lit le remplissent d\u2019inqui\u00e9tude et de doute, ils sont source d\u2019une am\u00e8re prise de conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, il a conscience qu&#8217;ayant acquis le statut d&#8217;intellectuel, il n&#8217;a pas saisi sa chance et n&#8217;a pas tent\u00e9 de s&#8217;\u00e9chapper vers le \u00ab grand monde \u00bb ; de l&#8217;autre, il ne peut revenir \u00e0 la condition de paysan, car n&#8217;ayant jamais travaill\u00e9 la terre, il a perdu le contact avec elle. Le lien fort qui l&#8217;unit \u00e0 son p\u00e8re devient pour lui \u00e0 la fois la cause et la compensation d&#8217;une vie rat\u00e9e. Et pourtant, le fils tente lui aussi de ma\u00eetriser son destin, et sa passivit\u00e9 est l\u2019expression d\u2019un sto\u00efcisme particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le langage du<em> Verger nu<\/em>, d\u2019une grande pr\u00e9cision, est en m\u00eame temps riche en m\u00e9taphores po\u00e9tiques, toujours convaincantes car ancr\u00e9es dans le quotidien rural. Par exemple, la description du duel entre un jeune homme fougueux et un vieux berger, une lutte pour savoir lequel des deux, d&#8217;un coup de fouet, imposera davantage son autorit\u00e9 au troupeau, fait naturellement r\u00e9f\u00e9rence, comme en passant, \u00e0 la symbolique chr\u00e9tienne. Le monologue tranquille du narrateur, qui coule \u00e0 flot, se heurte \u00e0 la concision des dialogues : les personnages, lorsqu\u2019ils s\u2019adressent les uns aux autres, p\u00e8sent leurs mots et ne prononcent que le strict n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"400\" data-id=\"11606\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-12.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11606\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-12.jpeg 580w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-12-300x207.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pomnik Wies\u0142awa My\u015bliwskiego w Sandomierzu, 2024, fot. Mateusz Grochocki\/East News<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"400\" data-id=\"11602\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-9.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11602\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-9.jpeg 600w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-9-300x200.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Wies\u0142aw My\u015bliwski,, 2011, fot. Tomasz Gzell\/PAP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"588\" height=\"400\" data-id=\"11601\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11601\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-7.jpeg 588w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-7-300x204.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 588px) 100vw, 588px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Wies\u0142aw My\u015bliwski, 2014, fot. W\u0142odzimierz Wasyluk \/Forum<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Son roman suivant, <em>Le Palais<\/em> (1970), est l\u2019ouvrage de My\u015bliwski le plus exub\u00e9rant sur le plan linguistique, \u00e9crit dans une po\u00e9tique surr\u00e9aliste. Dans ce roman, sorte de variation litt\u00e9raire de My\u015bliwski sur le th\u00e8me populaire bien connu du \u00ab paysan devenu roi \u00bb, le h\u00e9ros, un pauvre berger, se retrouve par hasard dans les appartements d\u2019une demeure aristocratique dont les propri\u00e9taires ont pris la fuite devant les \u00ab lib\u00e9rateurs \u00bb qui approchent, coiff\u00e9s de bonnets \u00e0 \u00e9toiles rouges. L\u2019intimidation initiale de l\u2019intrus face \u00e0 la somptuosit\u00e9 des int\u00e9rieurs lui permettra, apr\u00e8s un certain temps, de laisser libre cours \u00e0 son imagination et le transformera presque en h\u00e9ritier de ces domaines.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 sa propre vie, en cherchant \u00e0 savoir qui il est et qui il pourrait \u00eatre, il se glisse dans la peau du comte du portrait. La folie de l\u2019imagination de Jakub trouve sa source dans la libert\u00e9 de sa langue, dans laquelle il peut se concevoir \u00e0 la fois comme un pauvre serviteur, comme un h\u00e9ritier, et comme bien d\u2019autres existences. Car les paysans, comme l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises My\u015bliwski, asservis en tout, n\u2019\u00e9taient libres que dans leur langue. <em>Le Palais<\/em>, \u00e0 la fois symbolique et po\u00e9tique, est un hommage \u00e0 ce pouvoir cr\u00e9ateur des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>My\u015bliwski a adopt\u00e9 un autre registre \u2013 plus r\u00e9aliste \u2013 dans son roman <em>Pierre sur pierre<\/em> (1984), consid\u00e9r\u00e9 comme son chef-d\u2019\u0153uvre. Le titre est tir\u00e9 d\u2019une chanson populaire qui sert de devise \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le narrateur et protagoniste du livre, Szymon Pietruszka, est un paysan obs\u00e9d\u00e9 par la construction d\u2019un tombeau familial. Autrefois f\u00eatard, vivant sans r\u00e9fl\u00e9chir mais dans la joie, il subit une profonde transformation apr\u00e8s un accident malheureux et un long s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital : il commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au temps qui passe, \u00e0 la mort, \u00e0 son propre destin et \u00e0 celui de ses proches. La tombe, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre un monument familial et une \u00ab maison commune pour l\u2019au-del\u00e0 \u00bb, symbolise la fin du monde rural traditionnel, qui, apr\u00e8s la guerre, s\u2019efface in\u00e9vitablement dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pierre sur pierre<\/em> est enti\u00e8rement constitu\u00e9 du monologue de Szymek, un conteur plein de digressions. C\u2019est un homme de temp\u00e9rament qui, au cours de sa vie, a \u00e9t\u00e9 partisan, coiffeur, milicien, fonctionnaire. Il sait raconter avec verve et humour, tout en ne se d\u00e9robant pas \u00e0 des r\u00e9flexions philosophiques, pr\u00e9sent\u00e9es avec fra\u00eecheur et simplicit\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement sous la forme de sagesse populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire de la construction de la tombe offre ici l&#8217;occasion d&#8217;\u00e9voquer d&#8217;innombrables souvenirs qui se composent en un panorama des coutumes et des transformations dramatiques de la campagne polonaise au XXe si\u00e8cle. Une sc\u00e8ne du roman illustre de mani\u00e8re frappante le conflit entre la culture rurale et la civilisation moderne : celle o\u00f9 les charrettes paysannes attendent patiemment au bord d\u2019une route tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, incapables de se frayer un chemin \u00e0 travers le flot de voitures. Seul Szymek refuse de rester docilement sur place et fonce t\u00eate baiss\u00e9e, payant cette t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 par un accident. Et bien que ces changements ne pr\u00e9sagent rien de bon (les traditions et les liens humains s\u2019effacent ; la jeune g\u00e9n\u00e9ration rompt avec la terre, mais ne parvient pas \u00e0 trouver sa place en ville), le roman de My\u015bliwski est aussi un hymne \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter \u00e0 quel point, dans <em>Pierre sur pierre<\/em>, une vitalit\u00e9 et une d\u00e9brouillardise in\u00e9puisables se heurtent \u00e0 la mort, et une imagination prodigieuse \u00e0 la souffrance et \u00e0 la cruaut\u00e9. C\u2019est le cas dans la sc\u00e8ne o\u00f9 le protagoniste, \u00e2g\u00e9 de trois ans, se jette sur un \u00e9norme dindon pour lui arracher ses magnifiques perles rouges ; l\u2019enfant se bat avec l\u2019oiseau et l\u2019\u00e9touffe, manquant lui-m\u00eame de mourir. C\u2019est \u00e9galement le cas lorsque Pietruszka, devenu adulte, examine les cadavres des soldats dans les champs, \u00e0 la recherche de chaussures pour son jeune fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Wies\u0142aw My\u015bliwski \u00e9tait connu pour publier rarement, mais chacun de ses romans faisait alors l\u2019objet d\u2019un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire. Ce fut \u00e9galement le cas pour <em>L&#8217;Horizon<\/em> (1996), r\u00e9compens\u00e9 par le Prix Nike. L\u2019histoire commence par la description d\u2019une vieille photo : le narrateur, Piotr, y voit son p\u00e8re et lui-m\u00eame, alors qu\u2019il \u00e9tait enfant. C\u2019est le point de d\u00e9part d\u2019un r\u00e9cit sur une enfance marqu\u00e9e par la guerre, pass\u00e9e dans un village pr\u00e8s de Sandomierz (comme on peut le deviner, car la ville n\u2019est mentionn\u00e9e nulle part), et sur les ann\u00e9es de l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 travers les yeux d\u2019un adolescent que nous observons son entourage : son p\u00e8re et sa m\u00e8re, ses grands-parents, ses oncles et tantes, les pittoresques demoiselles Ponck, le personnage du maire allemand, la jeune Juive Sulka ou la myst\u00e9rieuse Anna, dont Piotr est amoureux. Ces portraits humains se composent d\u2019une s\u00e9rie de clich\u00e9s fragmentaires, d\u2019esquisses trac\u00e9es dans le mouvement, au fil des ann\u00e9es. L\u2019intrigue de <em>L&#8217;Horizon<\/em> est elle aussi fragmentaire, ouverte, difficile \u00e0 r\u00e9sumer \u2013 tout comme il est difficile de r\u00e9sumer, de raconter le contenu de la m\u00e9moire de quelqu\u2019un. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la m\u00e9moire, qui, de mani\u00e8re capricieuse, selon des r\u00e8gles insondables, rep\u00eache dans l\u2019oubli des choses et des images pass\u00e9es, qui est la protagoniste principale du livre de My\u015bliwski.<\/p>\n\n\n\n<p>My\u015bliwski est l\u2019un des rares \u00e9crivains pour qui la litt\u00e9rature fait partie int\u00e9grante de l\u2019anthropologie. C\u2019est \u00e0 travers elle qu\u2019il souhaite exprimer la totalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Article de Culture.pl : <a href=\"https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwski\">https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwski<\/a><br>Auteurs : Krystyna D\u0105browska et Janusz R. Kowalczyk<br>Traduction en fran\u00e7ais : Institut Polonais de Paris<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u0152uvres traduites en fran\u00e7ais :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>L\u2019Horizon<\/em> &#8211; traduction de Margot Carlier, Actes Sud, 2021, 560 p.<\/li>\n\n\n\n<li><em>L\u2019Art d&#8217;\u00e9cosser les haricots<\/em> &#8211; traduction de Margot Carlier, Actes Sud, 2010, 382 p.<\/li>\n\n\n\n<li><em>La Derni\u00e8re Partie<\/em> &#8211; traduction de Margot Carlier, Actes Sud, 2016, 512 p.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"302\" height=\"500\" data-id=\"11603\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-11.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11603\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-11.jpeg 302w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-11-181x300.jpeg 181w\" sizes=\"auto, (max-width: 302px) 100vw, 302px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"303\" height=\"500\" data-id=\"11604\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-10.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11604\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-10.jpeg 303w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-10-182x300.jpeg 182w\" sizes=\"auto, (max-width: 303px) 100vw, 303px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"302\" height=\"500\" data-id=\"11605\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-13.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11605\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-13.jpeg 302w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/image-13-181x300.jpeg 181w\" sizes=\"auto, (max-width: 302px) 100vw, 302px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text has-media-on-the-right is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:auto 30%\"><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><strong>Pour en savoir plus : <\/strong><br><strong><a href=\"https:\/\/classiques-garnier.com\/les-jeux-du-je-construction-et-deconstruction-du-recit-romanesque-chez-wiesaw-myliwski.html\">Les Jeux du je<\/a><\/strong><br>Construction et d\u00e9construction du r\u00e9cit romanesque chez Wies\u0142aw My\u015bliwski<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage constitue le premier essai d&#8217;interpr\u00e9tation int\u00e9grale de l&#8217;oeuvre romanesque de Wies\u0142aw My\u015bliwski. Il explore son potentiel de refonte du monde \u00e0 partir de l&#8217;orchestration du r\u00e9cit d&#8217;un \u00ab je \u00bb toujours \u00e0 la recherche d&#8217;un \u00ab tu \u00bb et \u00e9tablissant un lien immanent entre les morts et les vivants.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/div><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"600\" src=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/Les-Jeux-du-je.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-11646 size-full\" srcset=\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/Les-Jeux-du-je.png 400w, https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/Les-Jeux-du-je-200x300.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un grand ma\u00eetre de la pens\u00e9e et des mots. 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Romancier, dramaturge, sc\u00e9nariste de cin\u00e9ma, r\u00e9dacteur. Deux fois laur\u00e9at du Prix litt\u00e9raire Nike. Il est n\u00e9 le 25 mars 1932 \u00e0 Dwikozy, pr\u00e8s de Sandomierz. Il nous a quitt\u00e9 le 29 mars 2026.\\nDans la litt\u00e9rature polonaise, Wies\u0142aw My\u015bliwski est consid\u00e9r\u00e9 comme un repr\u00e9sentant du courant paysan, bien que ses \u0153uvres d\u00e9passent largement cette notion. Les th\u00e8mes moraux et existentiels, ainsi que le sentiment particulier de responsabilit\u00e9 des personnages envers eux-m\u00eames et les autres, placent sa prose et son th\u00e9\u00e2tre parmi les paraboles universelles sur la nature complexe du monde et le destin humain impr\u00e9visible. La plume de l'\u00e9crivain a donn\u00e9 une voix \u00e0 la campagne polonaise contemporaine, et \u00e0 ses habitants, dignit\u00e9, caract\u00e8re et magie.\\nCette classification m\u2019a en effet parfois pes\u00e9, m\u00eame si j\u2019ai toujours reconnu m\u2019inspirer des sources de la culture paysanne et m\u2019identifier \u00e0 cette culture. [\u2026] Seulement, j\u2019ai toujours per\u00e7u la culture paysanne dans sa dimension universelle \u2013 ce qui m\u2019est cher, c\u2019est ce qu\u2019elle a d\u2019universel, et non le folklore, les coutumes ou l\u2019apparence ext\u00e9rieure. Chez nous, en revanche, on a mis un signe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre le courant paysan de la litt\u00e9rature et les romans sur la campagne.Wies\u0142aw My\u015bliwski, dans : Krzysztof Mas\u0142o\u0144, \u00ab Mi\u0142o\u015b\u0107 nie jest nam dana \u00bb, Pr\u00f3szy\u0144ski i Ska, Varsovie 2005\\nBiographie\\nLe p\u00e8re de l'\u00e9crivain, Julian My\u015bliwski, \u00e9tait issu d'une famille bourgeoise de \u0106miel\u00f3w. Officier, il prit part \u00e0 la guerre polono-bolchevique en 1920 ; apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation, il devint fonctionnaire. La m\u00e8re de Wies\u0142aw My\u015bliwski, Marianna, \u00e9tait une ancienne \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Universit\u00e9 populaire de Zofia et Ignacy Solarz \u00e0 Szyce. Dans sa jeunesse, elle militait activement au sein de l\u2019Union de la jeunesse rurale \u00ab Wici \u00bb. Apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, Wies\u0142aw My\u015bliwski fr\u00e9quenta le coll\u00e8ge et le lyc\u00e9e g\u00e9n\u00e9ral de Sandomierz, o\u00f9 il passa son baccalaur\u00e9at en 1951. Il \u00e9tudia la philologie polonaise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lublin, dont il sortit dipl\u00f4m\u00e9 en 1956.\\nIl fit ses d\u00e9buts dans la presse en 1955 avec une critique du roman d\u2019\u00c9tienne de Greff La nuit est ma lumi\u00e8re. De 1955 \u00e0 1976, il travailla \u00e0 la Coop\u00e9rative d\u2019\u00e9dition populaire de Varsovie en tant qu\u2019assistant de r\u00e9daction, r\u00e9dacteur, responsable de la r\u00e9daction de litt\u00e9rature contemporaine et r\u00e9dacteur en chef adjoint.\\nDe 1975 \u00e0 1999, il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dacteur en chef du trimestriel \u00ab Regiony \u00bb et, de 1993 \u00e0 1999, \u00e9galement du bimensuel culturel \u00ab Sycyna \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 membre du Conseil national de la culture, dont il a occup\u00e9 la vice-pr\u00e9sidence de 1983 \u00e0 1989. De 1986 \u00e0 1989, il a fait partie du Conseil consultatif aupr\u00e8s du pr\u00e9sident du Conseil d'\u00c9tat.\\nDe 1971 \u00e0 1983, il a \u00e9t\u00e9 membre de l'Union des \u00e9crivains polonais. Depuis 1997, il est pr\u00e9sident du jury du Prix national Aleksander Patkowski \u00e0 Sandomierz. Il vivait \u00e0 Varsovie.\\nL'\u0153uvre en prose\\nLa th\u00e9matique rurale a servi \u00e0 My\u015bliwski de base solide, capable de porter et de l\u00e9gitimer artistiquement des questions existentielles et philosophiques. L'\u00e9crivain a souvent soulign\u00e9 que, dans la culture paysanne, c'est avant tout sa dimension universelle qui l'int\u00e9ressait.\\nJe n\u2019exclus pas la possibilit\u00e9 que je me sois cr\u00e9\u00e9 ce mythe de la culture paysanne parce que j\u2019en avais besoin. Il est devenu pour moi une richesse, voire un terrain sur lequel je peux construire diff\u00e9rentes choses. C\u2019est extr\u00eamement utile pour mon \u00e9criture. Je peux tout tirer de ce mythe. En fait, je vis dans deux mondes : celui-l\u00e0, paysan, et celui d\u2019aujourd\u2019hui, intellectuel, disons. Cette dualit\u00e9 est tr\u00e8s f\u00e9conde pour la litt\u00e9rature. Je peux me rendre dans ce monde-l\u00e0 avec n\u2019importe quel probl\u00e8me et voir ce que je peux en faire dans ce monde-l\u00e0. Je peux y aller avec Dieu, avec le destin, avec n\u2019importe quelle affaire du monde.Wies\u0142aw My\u015bliwski dans un entretien avec Helena Zaworska, \u00ab Gazeta Wyborcza \u00bb, 04\/09\/2007\\nMy\u015bliwski a su saisir avec justesse l'essence m\u00eame des difficult\u00e9s quotidiennes des habitants de la campagne polonaise, et il a su inscrire le destin de chacun de ses personnages dans le contexte des bouleversements historiques de notre coin d'Europe. La vie p\u00e9nible du paysan, condamn\u00e9 non seulement aux caprices de la m\u00e9t\u00e9o, aux catastrophes naturelles, aux guerres qui d\u00e9ferlent ou \u00e0 la caprice de l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 administrative, prend sous sa plume des traits martyriques. Ou m\u00eame h\u00e9ro\u00efques, lorsqu\u2019un h\u00e9ros de caract\u00e8re se livre \u00e0 une r\u00e9volte compr\u00e9hensible.\\nLes \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sent\u00e9s par My\u015bliwski dans ses romans et drames successifs s\u2019inscrivent dans le cycle v\u00e9g\u00e9tatif de la nature : au temps des semailles et au temps des r\u00e9coltes. Et dans le cours naturel de la vie humaine, o\u00f9 toutefois l\u2019atteinte de la pl\u00e9nitude des forces vitales ne va pas n\u00e9cessairement de pair avec les comp\u00e9tences. Et l\u2019exp\u00e9rience acquise \u00e0 la fin, avec la capacit\u00e9 fonctionnelle d\u2019un organisme vieillissant.\\nL'\u00e9crivain a fait ses d\u00e9buts en 1967 avec le roman Le Verger nu, qui lui a imm\u00e9diatement valu une grande notori\u00e9t\u00e9. Ce livre, d'un volume modeste par rapport \u00e0 ses \u0153uvres ult\u00e9rieures, est le monologue d'un instituteur de campagne qui, dans sa vieillesse, se souvient de son p\u00e8re \u2013 un paysan pauvre \u2013 et dresse le portrait poignant d'un amour paternel et filial difficile. Le verger du titre devient l\u2019image po\u00e9tique de cet amour : c\u2019est l\u00e0 que le narrateur, enfant, a son nid dans les branches d\u2019un vieux pommier \u00ab aussi grand qu\u2019une \u00e9glise \u00bb, et que son p\u00e8re, revenant des champs, cherche son fils parmi les arbres fruitiers, bien que le verger soit trop petit pour que quiconque puisse s\u2019y cacher. Pourtant, ces recherches, obstin\u00e9es et interminables, sont bien plus qu\u2019un simple jeu :\\nJ\u2019avais peur qu\u2019il ait oubli\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un jeu, car il ne semblait pas jouer avec moi, mais qui sait avec qui, avec lui-m\u00eame sans doute, avec sa douleur, serait-elle supportable si je ne me retrouvais pas vraiment ; peut-\u00eatre cette douleur s\u2019envenimait-elle en lui pour ne pas avoir \u00e0 ressentir \u00e0 jamais \u00e0 quel point je suis unique dans sa vie, et ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019habitude de me consid\u00e9rer comme un fils, comme n\u2019importe quel fils ; ou peut-\u00eatre ne me cherchait-il pas dans ce verger, mais apprenait-il de la douleur que j\u2019avais laiss\u00e9e, au cas o\u00f9, \u00e0 quoi elle devait ressembler pour ne pas \u00eatre aussi banale que les larmes ou les pri\u00e8res, pour qu\u2019elle ne soit que sienne et ne se cicatrise jamais.\\n\u00c0 la fin du livre, les r\u00f4les s\u2019inversent : c\u2019est d\u00e9sormais le fils qui cherche son p\u00e8re dans un verger nu d\u2019automne. Cette qu\u00eate r\u00e9ciproque n\u2019a qu\u2019un seul but : sentir la pr\u00e9sence de l\u2019autre, s\u2019assurer : \u00ab Tylko, es-tu l\u00e0 ? \u00bb.\\nLe Verger nu parle de proximit\u00e9 et de perte, des liens familiaux, \u00e0 la fois destructeurs et vivifiants. Mais d\u2019autres th\u00e8mes s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 celui-ci. D\u00e8s son premier roman appara\u00eet un th\u00e8me central chez My\u015bliwski : l\u2019attitude de l\u2019homme face au destin. Mais qu\u2019est-ce que le destin ? L\u2019\u00e9crivain en donne une d\u00e9finition bien \u00e9loign\u00e9e de la conception courante du destin comme une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements ind\u00e9pendants de nous, qui nous sont destin\u00e9s, que nous le voulions ou non. Les personnages du Verger nu luttent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res pour donner un sens \u00e0 leur vie. On peut dire que chacun d\u2019entre eux tente de transformer sa vie en un destin fa\u00e7onn\u00e9 consciemment, par la r\u00e9bellion ou l\u2019acceptation. Le p\u00e8re, timide et analphab\u00e8te, est plein d\u2019humilit\u00e9, mais aussi de r\u00e9bellion ; c\u2019est pourquoi il envoie son fils \u2013 chose exceptionnelle au village \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9cole en ville. C\u2019est aussi pour cela que, lors de l\u2019inondation, au lieu de sauver ses biens et de fuir, il attend la rivi\u00e8re et l\u2019arr\u00eate devant sa ferme en disant : \u00ab Tu n\u2019iras pas plus loin, salope \u00bb. Et quand, voulant ramener son fils de la ville, il demande \u00e0 l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de lui pr\u00eater un cheval, il n\u2019accepte pas la premi\u00e8re jument venue, mais choisit lui-m\u00eame et exige la plus belle monture.\\nQuant au fils, il semble \u00eatre l'esclave de son destin, accabl\u00e9 par l'amour paternel et les espoirs auxquels, selon lui, il n'a pas su r\u00e9pondre. Jeune homme, il ne s'est pas adapt\u00e9 \u00e0 la vie citadine et, une fois ses \u00e9tudes termin\u00e9es, il est retourn\u00e9 \u00e0 la campagne ; l\u00e0, il a accept\u00e9 un poste d'enseignant \u00e0 l'\u00e9cole locale. Mais cette voie ne lui apporte aucune satisfaction. Les livres qu\u2019il lit le remplissent d\u2019inqui\u00e9tude et de doute, ils sont source d\u2019une am\u00e8re prise de conscience.\\nD'un c\u00f4t\u00e9, il a conscience qu'ayant acquis le statut d'intellectuel, il n'a pas saisi sa chance et n'a pas tent\u00e9 de s'\u00e9chapper vers le \u00ab grand monde \u00bb ; de l'autre, il ne peut revenir \u00e0 la condition de paysan, car n'ayant jamais travaill\u00e9 la terre, il a perdu le contact avec elle. Le lien fort qui l'unit \u00e0 son p\u00e8re devient pour lui \u00e0 la fois la cause et la compensation d'une vie rat\u00e9e. Et pourtant, le fils tente lui aussi de ma\u00eetriser son destin, et sa passivit\u00e9 est l\u2019expression d\u2019un sto\u00efcisme particulier.\\nLe langage du Verger nu, d\u2019une grande pr\u00e9cision, est en m\u00eame temps riche en m\u00e9taphores po\u00e9tiques, toujours convaincantes car ancr\u00e9es dans le quotidien rural. Par exemple, la description du duel entre un jeune homme fougueux et un vieux berger, une lutte pour savoir lequel des deux, d'un coup de fouet, imposera davantage son autorit\u00e9 au troupeau, fait naturellement r\u00e9f\u00e9rence, comme en passant, \u00e0 la symbolique chr\u00e9tienne. Le monologue tranquille du narrateur, qui coule \u00e0 flot, se heurte \u00e0 la concision des dialogues : les personnages, lorsqu\u2019ils s\u2019adressent les uns aux autres, p\u00e8sent leurs mots et ne prononcent que le strict n\u00e9cessaire.\\nSon roman suivant, Le Palais (1970), est l\u2019ouvrage de My\u015bliwski le plus exub\u00e9rant sur le plan linguistique, \u00e9crit dans une po\u00e9tique surr\u00e9aliste. Dans ce roman, sorte de variation litt\u00e9raire de My\u015bliwski sur le th\u00e8me populaire bien connu du \u00ab paysan devenu roi \u00bb, le h\u00e9ros, un pauvre berger, se retrouve par hasard dans les appartements d\u2019une demeure aristocratique dont les propri\u00e9taires ont pris la fuite devant les \u00ab lib\u00e9rateurs \u00bb qui approchent, coiff\u00e9s de bonnets \u00e0 \u00e9toiles rouges. L\u2019intimidation initiale de l\u2019intrus face \u00e0 la somptuosit\u00e9 des int\u00e9rieurs lui permettra, apr\u00e8s un certain temps, de laisser libre cours \u00e0 son imagination et le transformera presque en h\u00e9ritier de ces domaines.\\nL\u00e0, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 sa propre vie, en cherchant \u00e0 savoir qui il est et qui il pourrait \u00eatre, il se glisse dans la peau du comte du portrait. La folie de l\u2019imagination de Jakub trouve sa source dans la libert\u00e9 de sa langue, dans laquelle il peut se concevoir \u00e0 la fois comme un pauvre serviteur, comme un h\u00e9ritier, et comme bien d\u2019autres existences. Car les paysans, comme l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises My\u015bliwski, asservis en tout, n\u2019\u00e9taient libres que dans leur langue. Le Palais, \u00e0 la fois symbolique et po\u00e9tique, est un hommage \u00e0 ce pouvoir cr\u00e9ateur des mots.\\nMy\u015bliwski a adopt\u00e9 un autre registre \u2013 plus r\u00e9aliste \u2013 dans son roman Pierre sur pierre (1984), consid\u00e9r\u00e9 comme son chef-d\u2019\u0153uvre. Le titre est tir\u00e9 d\u2019une chanson populaire qui sert de devise \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le narrateur et protagoniste du livre, Szymon Pietruszka, est un paysan obs\u00e9d\u00e9 par la construction d\u2019un tombeau familial. Autrefois f\u00eatard, vivant sans r\u00e9fl\u00e9chir mais dans la joie, il subit une profonde transformation apr\u00e8s un accident malheureux et un long s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital : il commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au temps qui passe, \u00e0 la mort, \u00e0 son propre destin et \u00e0 celui de ses proches. La tombe, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre un monument familial et une \u00ab maison commune pour l\u2019au-del\u00e0 \u00bb, symbolise la fin du monde rural traditionnel, qui, apr\u00e8s la guerre, s\u2019efface in\u00e9vitablement dans le pass\u00e9.\\nPierre sur pierre est enti\u00e8rement constitu\u00e9 du monologue de Szymek, un conteur plein de digressions. C\u2019est un homme de temp\u00e9rament qui, au cours de sa vie, a \u00e9t\u00e9 partisan, coiffeur, milicien, fonctionnaire. Il sait raconter avec verve et humour, tout en ne se d\u00e9robant pas \u00e0 des r\u00e9flexions philosophiques, pr\u00e9sent\u00e9es avec fra\u00eecheur et simplicit\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement sous la forme de sagesse populaire.\\nL'histoire de la construction de la tombe offre ici l'occasion d'\u00e9voquer d'innombrables souvenirs qui se composent en un panorama des coutumes et des transformations dramatiques de la campagne polonaise au XXe si\u00e8cle. Une sc\u00e8ne du roman illustre de mani\u00e8re frappante le conflit entre la culture rurale et la civilisation moderne : celle o\u00f9 les charrettes paysannes attendent patiemment au bord d\u2019une route tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, incapables de se frayer un chemin \u00e0 travers le flot de voitures. Seul Szymek refuse de rester docilement sur place et fonce t\u00eate baiss\u00e9e, payant cette t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 par un accident. Et bien que ces changements ne pr\u00e9sagent rien de bon (les traditions et les liens humains s\u2019effacent ; la jeune g\u00e9n\u00e9ration rompt avec la terre, mais ne parvient pas \u00e0 trouver sa place en ville), le roman de My\u015bliwski est aussi un hymne \u00e0 la vie.\\nIl est int\u00e9ressant de noter \u00e0 quel point, dans Pierre sur pierre, une vitalit\u00e9 et une d\u00e9brouillardise in\u00e9puisables se heurtent \u00e0 la mort, et une imagination prodigieuse \u00e0 la souffrance et \u00e0 la cruaut\u00e9. C\u2019est le cas dans la sc\u00e8ne o\u00f9 le protagoniste, \u00e2g\u00e9 de trois ans, se jette sur un \u00e9norme dindon pour lui arracher ses magnifiques perles rouges ; l\u2019enfant se bat avec l\u2019oiseau et l\u2019\u00e9touffe, manquant lui-m\u00eame de mourir. C\u2019est \u00e9galement le cas lorsque Pietruszka, devenu adulte, examine les cadavres des soldats dans les champs, \u00e0 la recherche de chaussures pour son jeune fr\u00e8re.\\nWies\u0142aw My\u015bliwski \u00e9tait connu pour publier rarement, mais chacun de ses romans faisait alors l\u2019objet d\u2019un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire. Ce fut \u00e9galement le cas pour L'Horizon (1996), r\u00e9compens\u00e9 par le Prix Nike. L\u2019histoire commence par la description d\u2019une vieille photo : le narrateur, Piotr, y voit son p\u00e8re et lui-m\u00eame, alors qu\u2019il \u00e9tait enfant. C\u2019est le point de d\u00e9part d\u2019un r\u00e9cit sur une enfance marqu\u00e9e par la guerre, pass\u00e9e dans un village pr\u00e8s de Sandomierz (comme on peut le deviner, car la ville n\u2019est mentionn\u00e9e nulle part), et sur les ann\u00e9es de l\u2019adolescence.\\nC\u2019est \u00e0 travers les yeux d\u2019un adolescent que nous observons son entourage : son p\u00e8re et sa m\u00e8re, ses grands-parents, ses oncles et tantes, les pittoresques demoiselles Ponck, le personnage du maire allemand, la jeune Juive Sulka ou la myst\u00e9rieuse Anna, dont Piotr est amoureux. Ces portraits humains se composent d\u2019une s\u00e9rie de clich\u00e9s fragmentaires, d\u2019esquisses trac\u00e9es dans le mouvement, au fil des ann\u00e9es. L\u2019intrigue de L'Horizon est elle aussi fragmentaire, ouverte, difficile \u00e0 r\u00e9sumer \u2013 tout comme il est difficile de r\u00e9sumer, de raconter le contenu de la m\u00e9moire de quelqu\u2019un. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la m\u00e9moire, qui, de mani\u00e8re capricieuse, selon des r\u00e8gles insondables, rep\u00eache dans l\u2019oubli des choses et des images pass\u00e9es, qui est la protagoniste principale du livre de My\u015bliwski.\\nMy\u015bliwski est l\u2019un des rares \u00e9crivains pour qui la litt\u00e9rature fait partie int\u00e9grante de l\u2019anthropologie. C\u2019est \u00e0 travers elle qu\u2019il souhaite exprimer la totalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience humaine.\\nArticle de Culture.pl : https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwskiAuteurs : Krystyna D\u0105browska et Janusz R. KowalczykTraduction en fran\u00e7ais : Institut Polonais de Paris\\n\u0152uvres traduites en fran\u00e7ais :\\nPour en savoir plus : Les Jeux du jeConstruction et d\u00e9construction du r\u00e9cit romanesque chez Wies\u0142aw My\u015bliwski\\nCet ouvrage constitue le premier essai d'interpr\u00e9tation int\u00e9grale de l'oeuvre romanesque de Wies\u0142aw My\u015bliwski. Il explore son potentiel de refonte du monde \u00e0 partir de l'orchestration du r\u00e9cit d'un \u00ab je \u00bb toujours \u00e0 la recherche d'un \u00ab tu \u00bb et \u00e9tablissant un lien immanent entre les morts et les vivants.\"},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"pl-PL\",\"@id\":\"https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwski#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/mysliwski1.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/mysliwski1.jpg\",\"width\":1200,\"height\":787,\"caption\":\"Wies\u0142aw My\u015bliwski, fot. 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Romancier, dramaturge, sc\u00e9nariste de cin\u00e9ma, r\u00e9dacteur. Deux fois laur\u00e9at du Prix litt\u00e9raire Nike. Il est n\u00e9 le 25 mars 1932 \u00e0 Dwikozy, pr\u00e8s de Sandomierz. Il nous a quitt\u00e9 le 29 mars 2026.\nDans la litt\u00e9rature polonaise, Wies\u0142aw My\u015bliwski est consid\u00e9r\u00e9 comme un repr\u00e9sentant du courant paysan, bien que ses \u0153uvres d\u00e9passent largement cette notion. Les th\u00e8mes moraux et existentiels, ainsi que le sentiment particulier de responsabilit\u00e9 des personnages envers eux-m\u00eames et les autres, placent sa prose et son th\u00e9\u00e2tre parmi les paraboles universelles sur la nature complexe du monde et le destin humain impr\u00e9visible. La plume de l'\u00e9crivain a donn\u00e9 une voix \u00e0 la campagne polonaise contemporaine, et \u00e0 ses habitants, dignit\u00e9, caract\u00e8re et magie.\nCette classification m\u2019a en effet parfois pes\u00e9, m\u00eame si j\u2019ai toujours reconnu m\u2019inspirer des sources de la culture paysanne et m\u2019identifier \u00e0 cette culture. [\u2026] Seulement, j\u2019ai toujours per\u00e7u la culture paysanne dans sa dimension universelle \u2013 ce qui m\u2019est cher, c\u2019est ce qu\u2019elle a d\u2019universel, et non le folklore, les coutumes ou l\u2019apparence ext\u00e9rieure. Chez nous, en revanche, on a mis un signe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre le courant paysan de la litt\u00e9rature et les romans sur la campagne.Wies\u0142aw My\u015bliwski, dans : Krzysztof Mas\u0142o\u0144, \u00ab Mi\u0142o\u015b\u0107 nie jest nam dana \u00bb, Pr\u00f3szy\u0144ski i Ska, Varsovie 2005\nBiographie\nLe p\u00e8re de l'\u00e9crivain, Julian My\u015bliwski, \u00e9tait issu d'une famille bourgeoise de \u0106miel\u00f3w. Officier, il prit part \u00e0 la guerre polono-bolchevique en 1920 ; apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation, il devint fonctionnaire. La m\u00e8re de Wies\u0142aw My\u015bliwski, Marianna, \u00e9tait une ancienne \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Universit\u00e9 populaire de Zofia et Ignacy Solarz \u00e0 Szyce. Dans sa jeunesse, elle militait activement au sein de l\u2019Union de la jeunesse rurale \u00ab Wici \u00bb. Apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, Wies\u0142aw My\u015bliwski fr\u00e9quenta le coll\u00e8ge et le lyc\u00e9e g\u00e9n\u00e9ral de Sandomierz, o\u00f9 il passa son baccalaur\u00e9at en 1951. Il \u00e9tudia la philologie polonaise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lublin, dont il sortit dipl\u00f4m\u00e9 en 1956.\nIl fit ses d\u00e9buts dans la presse en 1955 avec une critique du roman d\u2019\u00c9tienne de Greff La nuit est ma lumi\u00e8re. De 1955 \u00e0 1976, il travailla \u00e0 la Coop\u00e9rative d\u2019\u00e9dition populaire de Varsovie en tant qu\u2019assistant de r\u00e9daction, r\u00e9dacteur, responsable de la r\u00e9daction de litt\u00e9rature contemporaine et r\u00e9dacteur en chef adjoint.\nDe 1975 \u00e0 1999, il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dacteur en chef du trimestriel \u00ab Regiony \u00bb et, de 1993 \u00e0 1999, \u00e9galement du bimensuel culturel \u00ab Sycyna \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 membre du Conseil national de la culture, dont il a occup\u00e9 la vice-pr\u00e9sidence de 1983 \u00e0 1989. De 1986 \u00e0 1989, il a fait partie du Conseil consultatif aupr\u00e8s du pr\u00e9sident du Conseil d'\u00c9tat.\nDe 1971 \u00e0 1983, il a \u00e9t\u00e9 membre de l'Union des \u00e9crivains polonais. Depuis 1997, il est pr\u00e9sident du jury du Prix national Aleksander Patkowski \u00e0 Sandomierz. Il vivait \u00e0 Varsovie.\nL'\u0153uvre en prose\nLa th\u00e9matique rurale a servi \u00e0 My\u015bliwski de base solide, capable de porter et de l\u00e9gitimer artistiquement des questions existentielles et philosophiques. L'\u00e9crivain a souvent soulign\u00e9 que, dans la culture paysanne, c'est avant tout sa dimension universelle qui l'int\u00e9ressait.\nJe n\u2019exclus pas la possibilit\u00e9 que je me sois cr\u00e9\u00e9 ce mythe de la culture paysanne parce que j\u2019en avais besoin. Il est devenu pour moi une richesse, voire un terrain sur lequel je peux construire diff\u00e9rentes choses. C\u2019est extr\u00eamement utile pour mon \u00e9criture. Je peux tout tirer de ce mythe. En fait, je vis dans deux mondes : celui-l\u00e0, paysan, et celui d\u2019aujourd\u2019hui, intellectuel, disons. Cette dualit\u00e9 est tr\u00e8s f\u00e9conde pour la litt\u00e9rature. Je peux me rendre dans ce monde-l\u00e0 avec n\u2019importe quel probl\u00e8me et voir ce que je peux en faire dans ce monde-l\u00e0. Je peux y aller avec Dieu, avec le destin, avec n\u2019importe quelle affaire du monde.Wies\u0142aw My\u015bliwski dans un entretien avec Helena Zaworska, \u00ab Gazeta Wyborcza \u00bb, 04\/09\/2007\nMy\u015bliwski a su saisir avec justesse l'essence m\u00eame des difficult\u00e9s quotidiennes des habitants de la campagne polonaise, et il a su inscrire le destin de chacun de ses personnages dans le contexte des bouleversements historiques de notre coin d'Europe. La vie p\u00e9nible du paysan, condamn\u00e9 non seulement aux caprices de la m\u00e9t\u00e9o, aux catastrophes naturelles, aux guerres qui d\u00e9ferlent ou \u00e0 la caprice de l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 administrative, prend sous sa plume des traits martyriques. Ou m\u00eame h\u00e9ro\u00efques, lorsqu\u2019un h\u00e9ros de caract\u00e8re se livre \u00e0 une r\u00e9volte compr\u00e9hensible.\nLes \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sent\u00e9s par My\u015bliwski dans ses romans et drames successifs s\u2019inscrivent dans le cycle v\u00e9g\u00e9tatif de la nature : au temps des semailles et au temps des r\u00e9coltes. Et dans le cours naturel de la vie humaine, o\u00f9 toutefois l\u2019atteinte de la pl\u00e9nitude des forces vitales ne va pas n\u00e9cessairement de pair avec les comp\u00e9tences. Et l\u2019exp\u00e9rience acquise \u00e0 la fin, avec la capacit\u00e9 fonctionnelle d\u2019un organisme vieillissant.\nL'\u00e9crivain a fait ses d\u00e9buts en 1967 avec le roman Le Verger nu, qui lui a imm\u00e9diatement valu une grande notori\u00e9t\u00e9. Ce livre, d'un volume modeste par rapport \u00e0 ses \u0153uvres ult\u00e9rieures, est le monologue d'un instituteur de campagne qui, dans sa vieillesse, se souvient de son p\u00e8re \u2013 un paysan pauvre \u2013 et dresse le portrait poignant d'un amour paternel et filial difficile. Le verger du titre devient l\u2019image po\u00e9tique de cet amour : c\u2019est l\u00e0 que le narrateur, enfant, a son nid dans les branches d\u2019un vieux pommier \u00ab aussi grand qu\u2019une \u00e9glise \u00bb, et que son p\u00e8re, revenant des champs, cherche son fils parmi les arbres fruitiers, bien que le verger soit trop petit pour que quiconque puisse s\u2019y cacher. Pourtant, ces recherches, obstin\u00e9es et interminables, sont bien plus qu\u2019un simple jeu :\nJ\u2019avais peur qu\u2019il ait oubli\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un jeu, car il ne semblait pas jouer avec moi, mais qui sait avec qui, avec lui-m\u00eame sans doute, avec sa douleur, serait-elle supportable si je ne me retrouvais pas vraiment ; peut-\u00eatre cette douleur s\u2019envenimait-elle en lui pour ne pas avoir \u00e0 ressentir \u00e0 jamais \u00e0 quel point je suis unique dans sa vie, et ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019habitude de me consid\u00e9rer comme un fils, comme n\u2019importe quel fils ; ou peut-\u00eatre ne me cherchait-il pas dans ce verger, mais apprenait-il de la douleur que j\u2019avais laiss\u00e9e, au cas o\u00f9, \u00e0 quoi elle devait ressembler pour ne pas \u00eatre aussi banale que les larmes ou les pri\u00e8res, pour qu\u2019elle ne soit que sienne et ne se cicatrise jamais.\n\u00c0 la fin du livre, les r\u00f4les s\u2019inversent : c\u2019est d\u00e9sormais le fils qui cherche son p\u00e8re dans un verger nu d\u2019automne. Cette qu\u00eate r\u00e9ciproque n\u2019a qu\u2019un seul but : sentir la pr\u00e9sence de l\u2019autre, s\u2019assurer : \u00ab Tylko, es-tu l\u00e0 ? \u00bb.\nLe Verger nu parle de proximit\u00e9 et de perte, des liens familiaux, \u00e0 la fois destructeurs et vivifiants. Mais d\u2019autres th\u00e8mes s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 celui-ci. D\u00e8s son premier roman appara\u00eet un th\u00e8me central chez My\u015bliwski : l\u2019attitude de l\u2019homme face au destin. Mais qu\u2019est-ce que le destin ? L\u2019\u00e9crivain en donne une d\u00e9finition bien \u00e9loign\u00e9e de la conception courante du destin comme une succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements ind\u00e9pendants de nous, qui nous sont destin\u00e9s, que nous le voulions ou non. Les personnages du Verger nu luttent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res pour donner un sens \u00e0 leur vie. On peut dire que chacun d\u2019entre eux tente de transformer sa vie en un destin fa\u00e7onn\u00e9 consciemment, par la r\u00e9bellion ou l\u2019acceptation. Le p\u00e8re, timide et analphab\u00e8te, est plein d\u2019humilit\u00e9, mais aussi de r\u00e9bellion ; c\u2019est pourquoi il envoie son fils \u2013 chose exceptionnelle au village \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9cole en ville. C\u2019est aussi pour cela que, lors de l\u2019inondation, au lieu de sauver ses biens et de fuir, il attend la rivi\u00e8re et l\u2019arr\u00eate devant sa ferme en disant : \u00ab Tu n\u2019iras pas plus loin, salope \u00bb. Et quand, voulant ramener son fils de la ville, il demande \u00e0 l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de lui pr\u00eater un cheval, il n\u2019accepte pas la premi\u00e8re jument venue, mais choisit lui-m\u00eame et exige la plus belle monture.\nQuant au fils, il semble \u00eatre l'esclave de son destin, accabl\u00e9 par l'amour paternel et les espoirs auxquels, selon lui, il n'a pas su r\u00e9pondre. Jeune homme, il ne s'est pas adapt\u00e9 \u00e0 la vie citadine et, une fois ses \u00e9tudes termin\u00e9es, il est retourn\u00e9 \u00e0 la campagne ; l\u00e0, il a accept\u00e9 un poste d'enseignant \u00e0 l'\u00e9cole locale. Mais cette voie ne lui apporte aucune satisfaction. Les livres qu\u2019il lit le remplissent d\u2019inqui\u00e9tude et de doute, ils sont source d\u2019une am\u00e8re prise de conscience.\nD'un c\u00f4t\u00e9, il a conscience qu'ayant acquis le statut d'intellectuel, il n'a pas saisi sa chance et n'a pas tent\u00e9 de s'\u00e9chapper vers le \u00ab grand monde \u00bb ; de l'autre, il ne peut revenir \u00e0 la condition de paysan, car n'ayant jamais travaill\u00e9 la terre, il a perdu le contact avec elle. Le lien fort qui l'unit \u00e0 son p\u00e8re devient pour lui \u00e0 la fois la cause et la compensation d'une vie rat\u00e9e. Et pourtant, le fils tente lui aussi de ma\u00eetriser son destin, et sa passivit\u00e9 est l\u2019expression d\u2019un sto\u00efcisme particulier.\nLe langage du Verger nu, d\u2019une grande pr\u00e9cision, est en m\u00eame temps riche en m\u00e9taphores po\u00e9tiques, toujours convaincantes car ancr\u00e9es dans le quotidien rural. Par exemple, la description du duel entre un jeune homme fougueux et un vieux berger, une lutte pour savoir lequel des deux, d'un coup de fouet, imposera davantage son autorit\u00e9 au troupeau, fait naturellement r\u00e9f\u00e9rence, comme en passant, \u00e0 la symbolique chr\u00e9tienne. Le monologue tranquille du narrateur, qui coule \u00e0 flot, se heurte \u00e0 la concision des dialogues : les personnages, lorsqu\u2019ils s\u2019adressent les uns aux autres, p\u00e8sent leurs mots et ne prononcent que le strict n\u00e9cessaire.\nSon roman suivant, Le Palais (1970), est l\u2019ouvrage de My\u015bliwski le plus exub\u00e9rant sur le plan linguistique, \u00e9crit dans une po\u00e9tique surr\u00e9aliste. Dans ce roman, sorte de variation litt\u00e9raire de My\u015bliwski sur le th\u00e8me populaire bien connu du \u00ab paysan devenu roi \u00bb, le h\u00e9ros, un pauvre berger, se retrouve par hasard dans les appartements d\u2019une demeure aristocratique dont les propri\u00e9taires ont pris la fuite devant les \u00ab lib\u00e9rateurs \u00bb qui approchent, coiff\u00e9s de bonnets \u00e0 \u00e9toiles rouges. L\u2019intimidation initiale de l\u2019intrus face \u00e0 la somptuosit\u00e9 des int\u00e9rieurs lui permettra, apr\u00e8s un certain temps, de laisser libre cours \u00e0 son imagination et le transformera presque en h\u00e9ritier de ces domaines.\nL\u00e0, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 sa propre vie, en cherchant \u00e0 savoir qui il est et qui il pourrait \u00eatre, il se glisse dans la peau du comte du portrait. La folie de l\u2019imagination de Jakub trouve sa source dans la libert\u00e9 de sa langue, dans laquelle il peut se concevoir \u00e0 la fois comme un pauvre serviteur, comme un h\u00e9ritier, et comme bien d\u2019autres existences. Car les paysans, comme l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 maintes reprises My\u015bliwski, asservis en tout, n\u2019\u00e9taient libres que dans leur langue. Le Palais, \u00e0 la fois symbolique et po\u00e9tique, est un hommage \u00e0 ce pouvoir cr\u00e9ateur des mots.\nMy\u015bliwski a adopt\u00e9 un autre registre \u2013 plus r\u00e9aliste \u2013 dans son roman Pierre sur pierre (1984), consid\u00e9r\u00e9 comme son chef-d\u2019\u0153uvre. Le titre est tir\u00e9 d\u2019une chanson populaire qui sert de devise \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le narrateur et protagoniste du livre, Szymon Pietruszka, est un paysan obs\u00e9d\u00e9 par la construction d\u2019un tombeau familial. Autrefois f\u00eatard, vivant sans r\u00e9fl\u00e9chir mais dans la joie, il subit une profonde transformation apr\u00e8s un accident malheureux et un long s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital : il commence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au temps qui passe, \u00e0 la mort, \u00e0 son propre destin et \u00e0 celui de ses proches. La tombe, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre un monument familial et une \u00ab maison commune pour l\u2019au-del\u00e0 \u00bb, symbolise la fin du monde rural traditionnel, qui, apr\u00e8s la guerre, s\u2019efface in\u00e9vitablement dans le pass\u00e9.\nPierre sur pierre est enti\u00e8rement constitu\u00e9 du monologue de Szymek, un conteur plein de digressions. C\u2019est un homme de temp\u00e9rament qui, au cours de sa vie, a \u00e9t\u00e9 partisan, coiffeur, milicien, fonctionnaire. Il sait raconter avec verve et humour, tout en ne se d\u00e9robant pas \u00e0 des r\u00e9flexions philosophiques, pr\u00e9sent\u00e9es avec fra\u00eecheur et simplicit\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement sous la forme de sagesse populaire.\nL'histoire de la construction de la tombe offre ici l'occasion d'\u00e9voquer d'innombrables souvenirs qui se composent en un panorama des coutumes et des transformations dramatiques de la campagne polonaise au XXe si\u00e8cle. Une sc\u00e8ne du roman illustre de mani\u00e8re frappante le conflit entre la culture rurale et la civilisation moderne : celle o\u00f9 les charrettes paysannes attendent patiemment au bord d\u2019une route tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, incapables de se frayer un chemin \u00e0 travers le flot de voitures. Seul Szymek refuse de rester docilement sur place et fonce t\u00eate baiss\u00e9e, payant cette t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 par un accident. Et bien que ces changements ne pr\u00e9sagent rien de bon (les traditions et les liens humains s\u2019effacent ; la jeune g\u00e9n\u00e9ration rompt avec la terre, mais ne parvient pas \u00e0 trouver sa place en ville), le roman de My\u015bliwski est aussi un hymne \u00e0 la vie.\nIl est int\u00e9ressant de noter \u00e0 quel point, dans Pierre sur pierre, une vitalit\u00e9 et une d\u00e9brouillardise in\u00e9puisables se heurtent \u00e0 la mort, et une imagination prodigieuse \u00e0 la souffrance et \u00e0 la cruaut\u00e9. C\u2019est le cas dans la sc\u00e8ne o\u00f9 le protagoniste, \u00e2g\u00e9 de trois ans, se jette sur un \u00e9norme dindon pour lui arracher ses magnifiques perles rouges ; l\u2019enfant se bat avec l\u2019oiseau et l\u2019\u00e9touffe, manquant lui-m\u00eame de mourir. C\u2019est \u00e9galement le cas lorsque Pietruszka, devenu adulte, examine les cadavres des soldats dans les champs, \u00e0 la recherche de chaussures pour son jeune fr\u00e8re.\nWies\u0142aw My\u015bliwski \u00e9tait connu pour publier rarement, mais chacun de ses romans faisait alors l\u2019objet d\u2019un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire. Ce fut \u00e9galement le cas pour L'Horizon (1996), r\u00e9compens\u00e9 par le Prix Nike. L\u2019histoire commence par la description d\u2019une vieille photo : le narrateur, Piotr, y voit son p\u00e8re et lui-m\u00eame, alors qu\u2019il \u00e9tait enfant. C\u2019est le point de d\u00e9part d\u2019un r\u00e9cit sur une enfance marqu\u00e9e par la guerre, pass\u00e9e dans un village pr\u00e8s de Sandomierz (comme on peut le deviner, car la ville n\u2019est mentionn\u00e9e nulle part), et sur les ann\u00e9es de l\u2019adolescence.\nC\u2019est \u00e0 travers les yeux d\u2019un adolescent que nous observons son entourage : son p\u00e8re et sa m\u00e8re, ses grands-parents, ses oncles et tantes, les pittoresques demoiselles Ponck, le personnage du maire allemand, la jeune Juive Sulka ou la myst\u00e9rieuse Anna, dont Piotr est amoureux. Ces portraits humains se composent d\u2019une s\u00e9rie de clich\u00e9s fragmentaires, d\u2019esquisses trac\u00e9es dans le mouvement, au fil des ann\u00e9es. L\u2019intrigue de L'Horizon est elle aussi fragmentaire, ouverte, difficile \u00e0 r\u00e9sumer \u2013 tout comme il est difficile de r\u00e9sumer, de raconter le contenu de la m\u00e9moire de quelqu\u2019un. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la m\u00e9moire, qui, de mani\u00e8re capricieuse, selon des r\u00e8gles insondables, rep\u00eache dans l\u2019oubli des choses et des images pass\u00e9es, qui est la protagoniste principale du livre de My\u015bliwski.\nMy\u015bliwski est l\u2019un des rares \u00e9crivains pour qui la litt\u00e9rature fait partie int\u00e9grante de l\u2019anthropologie. C\u2019est \u00e0 travers elle qu\u2019il souhaite exprimer la totalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience humaine.\nArticle de Culture.pl : https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwskiAuteurs : Krystyna D\u0105browska et Janusz R. KowalczykTraduction en fran\u00e7ais : Institut Polonais de Paris\n\u0152uvres traduites en fran\u00e7ais :\nPour en savoir plus : Les Jeux du jeConstruction et d\u00e9construction du r\u00e9cit romanesque chez Wies\u0142aw My\u015bliwski\nCet ouvrage constitue le premier essai d'interpr\u00e9tation int\u00e9grale de l'oeuvre romanesque de Wies\u0142aw My\u015bliwski. Il explore son potentiel de refonte du monde \u00e0 partir de l'orchestration du r\u00e9cit d'un \u00ab je \u00bb toujours \u00e0 la recherche d'un \u00ab tu \u00bb et \u00e9tablissant un lien immanent entre les morts et les vivants."},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"pl-PL","@id":"https:\/\/culture.pl\/pl\/tworca\/wieslaw-mysliwski#primaryimage","url":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/mysliwski1.jpg","contentUrl":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2026\/03\/mysliwski1.jpg","width":1200,"height":787,"caption":"Wies\u0142aw My\u015bliwski, fot. 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