{"id":6206,"date":"2024-02-27T11:42:07","date_gmt":"2024-02-27T10:42:07","guid":{"rendered":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/?p=6206"},"modified":"2024-04-18T10:49:04","modified_gmt":"2024-04-18T08:49:04","slug":"la-jeune-fille-et-les-paysans-film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/2024\/02\/27\/la-jeune-fille-et-les-paysans-film\/","title":{"rendered":"LA JEUNE FILLE ET LES PAYSANS (&#8222;Ch\u0142opi&#8221;)"},"content":{"rendered":"\n<p>un film de Dorota Kobiela Welchman&nbsp;&amp; Hugh Welchman<\/p>\n\n\n\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, dans un village polonais en \u00e9bullition, la jeune Jagna, promise \u00e0 un riche propri\u00e9taire terrien, se r\u00e9volte. Elle prend son destin en main, rejette les traditions et bouleverse l\u2019ordre \u00e9tabli. Commencent alors les saisons de la col\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><strong>AU CINEMA LE 20 MARS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed aligncenter is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/youtu.be\/oO9UY3gLbNU?si=CdqSnTF_p07sqxvR\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-red-color has-text-color has-link-color has-medium-font-size wp-elements-f7acf9272d4ecac1e44294c05852b3ca\"><strong>Entretien avec Dorota Kobiela Welchman&nbsp;&amp; Hugh Welchman<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous a donn\u00e9 envie d\u2019adapter ce roman de W\u0142adys\u0142aw Reymont, qui est peu connu en dehors de la Pologne ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>HW : Pendant le tournage de La Passion Van Gogh, DK a eu envie de m\u2019initier \u00e0 la culture polonaise. Elle m\u2019a achet\u00e9 plusieurs romans connus, parmi lesquels Les Paysans. C\u2019\u00e9tait de loin le plus long et on \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors je ne l\u2019ai pas lu tout de suite. Quand j\u2019ai enfin pu prendre un peu de vacances, apr\u00e8s les Oscars, je me suis dit que c\u2019\u00e9tait le moment ou jamais. Je l\u2019ai d\u00e9vor\u00e9, quatre fois, puisqu\u2019il s\u2019agissait de la traduction de 1924 en quatre tomes.<br>J\u2019ai tr\u00e8s vite vu que c\u2019\u00e9tait un chef-d\u2019\u0153uvre. Dans la lign\u00e9e de Charles Dickens, Thomas Hardy, Emile Zola. Les paysans ont \u00e9t\u00e9 les piliers de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne pendant plus de mille ans, jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution industrielle, et au-del\u00e0. J\u2019ai eu tr\u00e8s envie de faire d\u00e9couvrir ce magnifique livre au public non-polonais. Il le m\u00e9rite amplement. C\u2019est pour cette raison que nous avons travaill\u00e9 sur une nouvelle traduction en anglais avec Penguin Classics, dans l\u2019espoir de donner envie aux gens de lire aussi le roman.<br><\/p>\n\n\n\n<p>DKW : J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 le livre audio du roman pendant que je peignais mon unique plan de &#8222;La Passion Van Gogh&#8221;. Je crois que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la beaut\u00e9 des descriptions que fait Reymont du village, des saisons et de la nature environnante. J\u2019ai trouv\u00e9 les personnages attachants, m\u00eame dr\u00f4les, bien plus que lors de ma premi\u00e8re lecture, quand j\u2019avais 17 ans. C\u2019est un roman qui n\u00e9cessite de la patience et un peu d\u2019exp\u00e9rience de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette fois, l\u2019histoire est vraiment centr\u00e9e sur Jagna. Vous lui rendez enfin justice, on dirait.<br><\/strong><br>DKW : C\u2019\u00e9tait la raison principale qui m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 raconter cette histoire. C\u2019est un superbe roman, truff\u00e9 de descriptions \u00e0 couper le souffle, mais ce qui m\u2019attirait r\u00e9ellement dans l\u2019id\u00e9e de l\u2019adapter, c\u2019\u00e9tait Jagna. En tant que femme, j\u2019ai moi aussi \u00e9t\u00e9 injustement montr\u00e9e du doigt de nombreuses fois dans ma vie. Je me reconnaissais vraiment en elle, ce qu\u2019elle traversait me touchait. Au d\u00e9part, on l\u2019envie, elle est incomprise, puis, on la maltraite, on l\u2019humilie et finalement, on la met \u00e0 l\u2019\u00e9cart, tout \u00e7a parce qu\u2019elle est jolie, r\u00eaveuse, artiste, qu\u2019elle vit les choses avec passion, mais surtout parce qu\u2019elle remet en question le patriarcat qui est soutenu par l\u2019\u00c9glise. C\u2019\u00e9tait comme si elle m\u2019appelait \u00e0 elle. Le fi lm est ma r\u00e9ponse \u00e0 cet appel. Votre version de l\u2019histoire est bien plus f\u00e9ministe que le roman de Reymont.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait votre intention d\u00e8s le d\u00e9part ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>HW : Dans le roman, on sent que la vie de villageoise moyenne ne lui suffi t pas. C\u2019est cette id\u00e9e-l\u00e0 que nous voulions d\u00e9velopper. Nous voulions montrer que la vie de toutes les femmes est d\u00e9termin\u00e9e par leur place dans la hi\u00e9rarchie sociale, et aborder \u00e7a de fa\u00e7on moderne.<br>Jagna est le personnage le plus marquant du roman, mais ce dernier raconte l\u2019histoire de toute une communaut\u00e9. Nous, nous voulions vraiment centrer notre r\u00e9cit sur sa volont\u00e9 de vivre \u00e0 sa mani\u00e8re. Elle ne se soucie pas des choses mat\u00e9rielles, contrairement \u00e0 tous ceux qui l\u2019entourent, qui ne pensent qu\u2019\u00e0 poss\u00e9der des terres et des biens. Son amant, Antek, l\u2019anti-h\u00e9ros, est lamentable. Il est odieux avec sa femme, il fait passer son orgueil avant les besoins de ses enfants. Pourtant, le village le comprend et l\u2019accepte tel qu\u2019il est. Jagna, elle, ne trouve pas sa place.<br>Le fait qu\u2019elle soit aussi la plus jolie fille du village ne joue pas en sa faveur. Elle se d\u00e9marque. Par son comportement \u00e9galement, puisqu\u2019elle refuse de c\u00e9der, de s\u2019effacer. Alors, tout le monde se retourne contre elle. C\u2019est une chose qui se produit encore trop souvent, y compris dans le monde moderne. Il y a encore de grosses diff\u00e9rences de traitement entre les hommes et les femmes, et en particulier les jeunes femmes qui se cherchent encore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment s\u2019est pass\u00e9 le casting ? Quelles caract\u00e9ristiques recherchiez-vous ? Il y a quelque chose de tr\u00e8s contemporain dans la prestation de Kamila.<\/strong><br><br>HW : On cherchait quelqu\u2019un avec un c\u00f4t\u00e9 r\u00eaveur, un peu fugace, et une sensibilit\u00e9 artistique. Mais aussi quelqu\u2019un d\u2019une beaut\u00e9 saisissante. Nous ne nous sommes pas content\u00e9s de regarder du c\u00f4t\u00e9 des actrices polonaises \u00e9tablies, nous avons aussi organis\u00e9 des auditions dans des \u00e9coles d\u2019art dramatique, ou de cin\u00e9ma. Nous avons vu beaucoup de gens qui n\u2019avaient aucune exp\u00e9rience. Les gens ont une image pr\u00e9con\u00e7ue de Kamila, \u00e0 cause de sa beaut\u00e9. Ils veulent trop souvent la mettre dans une case, ils sont jaloux et possessifs. Elle doit se battre pour se d\u00e9finir comme elle l\u2019entend. Elle fait une formidable Jagna moderne parce qu\u2019elle comprend ce que vit le personnage, dans le contexte actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>DKW : Vous qualifiez sa prestation de contemporaine, mais la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le monde qui n\u2019a pas tant chang\u00e9 que \u00e7a. Il y a toujours des femmes comme Jagna un peu partout, confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes similaires dans un monde o\u00f9 les diff\u00e9rences de traitement entre hommes et femmes existent toujours bel et bien. Surtout lorsqu\u2019il est question de sexualit\u00e9. Internet et les r\u00e9seaux sociaux ont cr\u00e9\u00e9 tout un tas de nouveaux moyens de harceler, humilier, tyranniser, traquer les jeunes femmes. Nous avons trouv\u00e9 que son histoire \u00e9tait toujours d\u2019actualit\u00e9 et c\u2019est le message que nous avons voulu faire passer aupr\u00e8s du public. Notre intention n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de faire un documentaire sur la vie dans la campagne polonaise au 19e si\u00e8cle. Nous voulions avant tout retranscrire les \u00e9motions, la tension dramatique du roman de Reymont pour un public contemporain.<br><br><strong>Avez-vous h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 retranscrire la violence et la sexualit\u00e9 du roman \u00e0 l\u2019\u00e9cran ? Vous n\u2019avez pas eu peur que ce soit un peu trop brutal ?<\/strong><br><br>DKW : Nous avons d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir soigneusement \u00e0 la fa\u00e7on dont nous allions les montrer. Dans le roman, la violence physique fait partie de la vie quotidienne. Tout le monde ne cautionne pas la violence domestique, mais elle est accept\u00e9e. Nous, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de ne montrer que la violence qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019histoire. Quant \u00e0 la sexualit\u00e9, nous avons un carr\u00e9 amoureux au centre de l\u2019histoire. L\u2019histoire elle-m\u00eame a pour moteurs la passion, la jalousie, la rage. Alors, le sexe devait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9. Mais on voulait que le film reste accessible \u00e0 des adolescents. Alors, nous avons fait attention \u00e0 montrer les choses de mani\u00e8re \u00e0 obtenir toutes les certifications n\u00e9cessaires.<br><br>HW : Le roman est beaucoup plus violent que notre fi lm parce qu\u2019il fait quasiment 1000 pages, il y a un peu plus de tout. Par rapport au monde dans lequel la plupart d\u2019entre nous vivent aujourd\u2019hui, celui des personnages est beaucoup plus violent, plus dur. Mais c\u2019est tout ce qu\u2019ils connaissent. Nous, nous en montrons juste ce qu\u2019il faut pour que le public s\u2019identifie \u00e9motionnellement aux personnages et ressente l\u2019impact de cette violence sur eux. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est un film tr\u00e8s musical, rempli de chansons et de danse. Pour quelle raison ?<\/strong><br><br>DKW : C\u2019est vrai qu\u2019\u00e9tonnamment, c\u2019est tr\u00e8s musical. Lorsqu\u2019on \u00e9crivait le sc\u00e9nario, on a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inspir\u00e9s par les descriptions des nombreuses f\u00eates, du mariage de Boryna et Jagna au cours duquel les invit\u00e9s boivent et dansent pendant trois jours d\u2019affil\u00e9e. Ce sont des gens qui m\u00e8nent une existence dure, qui travaillent du soir au matin mais qui savent aussi c\u00e9l\u00e9brer le cycle de la vie. Ils aiment les v\u00eatements, la musique, et ils adorent danser. On devrait tous danser davantage ! On trouvait \u00e9galement que la nature avait besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de musique. Par moments, c\u2019\u00e9tait elle qui devait parler pour les personnages, quand ils ne s\u2019exprimaient pas assez ou qu\u2019ils avaient la sensation que les choses leur \u00e9chappaient. Notre \u00e9troite collaboration avec Lucasz \u00ab L.U.C \u00bb Rostkowski a \u00e9t\u00e9 cruciale. Sans son travail passionn\u00e9, le film ne serait pas ce qu\u2019il est.<br><br>HW : Dans le livre, il y a de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la musique et \u00e0 la danse. J\u2019adorais une chose, c\u2019est que dans ces moments-l\u00e0, il n\u2019\u00e9tait plus question d\u2019\u00eatre mesquin, on oubliait les ragots et les conflits. On se rend compte que ces gens \u00e9taient des artistes et que c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a qu\u2019ils s\u2019exprimaient, de mani\u00e8re passionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parlez-nous un peu de vos inspirations visuelles, et de l\u2019id\u00e9e d\u2019incorporer des peintures connues dans l\u2019histoire.<\/strong><br><br>DKW : Le fait que Reymont soit un auteur de la Jeune Pologne (mouvement moderniste dans les arts graphiques, la litt\u00e9rature et la musique en Pologne), nous a donn\u00e9 l\u2019occasion de lier sa prose aux \u0153uvres des peintres de son \u00e9poque. Le courant de la Jeune Pologne a touch\u00e9 de nombreux domaines et styles artistiques mais \u00e0 la base, c\u2019est un mouvement qui met en avant l\u2019identit\u00e9 et la culture polonaises, qui d\u00e9peint la Pologne comme un pays fort, vivant, m\u00eame lorsqu\u2019il est occup\u00e9 par des puissances \u00e9trang\u00e8res. Nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 des tableaux des peintres polonais de la fin du 19e et d\u00e9but du 20e si\u00e8cles et nous les avons combin\u00e9s aux techniques cin\u00e9matographiques et d\u2019animation du 21e si\u00e8cle. Nous nous sommes inspir\u00e9s des \u0153uvres de plus d\u2019une trentaine de peintres, de Micha\u0142 Gorstkin-Wywi\u00f3rski \u00e0 Ferdynand Ruszczyc, mais surtout de J\u00f3zef Che\u0142mo\u0144ski, de l\u2019\u00e9cole r\u00e9aliste. Dans ses derni\u00e8res \u0153uvres, apr\u00e8s son retour en Pologne, la campagne polonaise est tr\u00e8s belle, tr\u00e8s expressive. \u00c7a correspondait exactement \u00e0 ce qu\u2019on voulait faire visuellement. Le book que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 pour le film avec Piotr Dominak, qui \u00e9tait aussi mon chef-peintre sur La Passion Van Gogh, s\u2019inspire beaucoup de nos propres \u00e9tudes aux Beaux-arts. Nous avons grandi avec ces tableaux, ils nous fascinent toujours autant. Le film \u00e9tait pour nous l\u2019occasion de partager cette fascination avec le public polonais et international.<br><\/p>\n\n\n\n<p>HW : Reymont est connu comme \u00e9tant un auteur de la Jeune Pologne mais il y a un r\u00e9alisme presque magique dans ses descriptions. Elles sont tr\u00e8s po\u00e9tiques. Il nous semblait vraiment coh\u00e9rent de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tous ces peintres pour donner vie \u00e0 ses mots. C\u2019est quelque chose que les images en prise de vue r\u00e9elles ne permettent pas de faire. On n\u2019obtient pas la m\u00eame \u00e9motion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous pensez que c\u2019est une bonne p\u00e9riode pour l\u2019animation pour adultes ? J\u2019imagine que le march\u00e9 a pas mal \u00e9volu\u00e9 depuis le succ\u00e8s de &#8222;La Passion Van Gogh&#8221;.<\/strong><br><br>DKW : Je ne sais pas si c\u2019est une bonne p\u00e9riode mais c\u2019est la p\u00e9riode. Depuis La Passion Van Gogh, deux autres films, je crois, ont bien march\u00e9 aupr\u00e8s du public et plusieurs autres ont \u00e9t\u00e9 salu\u00e9s par la critique. Avant \u00e7a, c\u2019\u00e9tait une chose rare, des \u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s. Maintenant, ils forment un petit village d\u2019\u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s au milieu de l\u2019immensit\u00e9 des films d\u2019animation familiaux ou destin\u00e9s aux enfants.<br><br>HW : Apr\u00e8s &#8222;La Passion Van Gogh&#8221;, qui a \u00e9t\u00e9 le film polonais ayant connu le plus de succ\u00e8s au box-office et le troisi\u00e8me film d\u2019animation pour adultes ayant le mieux march\u00e9, de nombreux distributeurs et vendeurs nous ont remerci\u00e9s. Ils nous disaient que le monde \u00e9tait devenu plus ouvert \u00e0 l\u2019animation pour adultes. Mais ils nous demandaient aussi souvent si on comptait faire La Passion Van Gogh 2. Autrement dit, si on comptait faire la m\u00eame chose avec d\u2019autres peintres. Nous avions envie de faire autre chose, de montrer tout ce qu\u2019on pouvait faire avec les techniques d\u2019animation au cin\u00e9ma. Donner vie \u00e0 un roman de plus de 1000 pages, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9fi int\u00e9ressant, et c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019occasion de montrer que \u00e7a marcherait aussi pour un drame. &#8222;La Jeune Fille et les Paysans&#8221; fonctionne \u00e0 une tout autre \u00e9chelle que &#8222;La Passion Van Gogh&#8221;. Il y a de la danse et des combats. Chaque image nous a demand\u00e9 deux fois plus de temps de travail, en raison du style plus r\u00e9aliste et des mouvements dynamiques de cam\u00e9ra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>un film de Dorota Kobiela Welchman&nbsp;&amp; Hugh Welchman Au XIXe si\u00e8cle, dans un village polonais en \u00e9bullition, la jeune Jagna, promise \u00e0 un riche propri\u00e9taire terrien, se r\u00e9volte. Elle prend son destin en main, rejette les traditions et bouleverse l\u2019ordre \u00e9tabli. 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Elle prend son destin en main, rejette les traditions et bouleverse l\u2019ordre \u00e9tabli. Commencent alors les saisons de la col\u00e8re\u2026\\nAU CINEMA LE 20 MARS\\nEntretien avec Dorota Kobiela Welchman &amp; Hugh Welchman\\nQu\u2019est-ce qui vous a donn\u00e9 envie d\u2019adapter ce roman de W\u0142adys\u0142aw Reymont, qui est peu connu en dehors de la Pologne ?\\nHW : Pendant le tournage de La Passion Van Gogh, DK a eu envie de m\u2019initier \u00e0 la culture polonaise. Elle m\u2019a achet\u00e9 plusieurs romans connus, parmi lesquels Les Paysans. C\u2019\u00e9tait de loin le plus long et on \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors je ne l\u2019ai pas lu tout de suite. Quand j\u2019ai enfin pu prendre un peu de vacances, apr\u00e8s les Oscars, je me suis dit que c\u2019\u00e9tait le moment ou jamais. Je l\u2019ai d\u00e9vor\u00e9, quatre fois, puisqu\u2019il s\u2019agissait de la traduction de 1924 en quatre tomes.J\u2019ai tr\u00e8s vite vu que c\u2019\u00e9tait un chef-d\u2019\u0153uvre. Dans la lign\u00e9e de Charles Dickens, Thomas Hardy, Emile Zola. Les paysans ont \u00e9t\u00e9 les piliers de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne pendant plus de mille ans, jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution industrielle, et au-del\u00e0. J\u2019ai eu tr\u00e8s envie de faire d\u00e9couvrir ce magnifique livre au public non-polonais. Il le m\u00e9rite amplement. C\u2019est pour cette raison que nous avons travaill\u00e9 sur une nouvelle traduction en anglais avec Penguin Classics, dans l\u2019espoir de donner envie aux gens de lire aussi le roman.\\nDKW : J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 le livre audio du roman pendant que je peignais mon unique plan de \\\"La Passion Van Gogh\\\". Je crois que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la beaut\u00e9 des descriptions que fait Reymont du village, des saisons et de la nature environnante. J\u2019ai trouv\u00e9 les personnages attachants, m\u00eame dr\u00f4les, bien plus que lors de ma premi\u00e8re lecture, quand j\u2019avais 17 ans. C\u2019est un roman qui n\u00e9cessite de la patience et un peu d\u2019exp\u00e9rience de la vie.\\nCette fois, l\u2019histoire est vraiment centr\u00e9e sur Jagna. Vous lui rendez enfin justice, on dirait.DKW : C\u2019\u00e9tait la raison principale qui m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 raconter cette histoire. C\u2019est un superbe roman, truff\u00e9 de descriptions \u00e0 couper le souffle, mais ce qui m\u2019attirait r\u00e9ellement dans l\u2019id\u00e9e de l\u2019adapter, c\u2019\u00e9tait Jagna. En tant que femme, j\u2019ai moi aussi \u00e9t\u00e9 injustement montr\u00e9e du doigt de nombreuses fois dans ma vie. Je me reconnaissais vraiment en elle, ce qu\u2019elle traversait me touchait. Au d\u00e9part, on l\u2019envie, elle est incomprise, puis, on la maltraite, on l\u2019humilie et finalement, on la met \u00e0 l\u2019\u00e9cart, tout \u00e7a parce qu\u2019elle est jolie, r\u00eaveuse, artiste, qu\u2019elle vit les choses avec passion, mais surtout parce qu\u2019elle remet en question le patriarcat qui est soutenu par l\u2019\u00c9glise. C\u2019\u00e9tait comme si elle m\u2019appelait \u00e0 elle. Le fi lm est ma r\u00e9ponse \u00e0 cet appel. Votre version de l\u2019histoire est bien plus f\u00e9ministe que le roman de Reymont.\\nC\u2019\u00e9tait votre intention d\u00e8s le d\u00e9part ?\\nHW : Dans le roman, on sent que la vie de villageoise moyenne ne lui suffi t pas. C\u2019est cette id\u00e9e-l\u00e0 que nous voulions d\u00e9velopper. Nous voulions montrer que la vie de toutes les femmes est d\u00e9termin\u00e9e par leur place dans la hi\u00e9rarchie sociale, et aborder \u00e7a de fa\u00e7on moderne.Jagna est le personnage le plus marquant du roman, mais ce dernier raconte l\u2019histoire de toute une communaut\u00e9. Nous, nous voulions vraiment centrer notre r\u00e9cit sur sa volont\u00e9 de vivre \u00e0 sa mani\u00e8re. Elle ne se soucie pas des choses mat\u00e9rielles, contrairement \u00e0 tous ceux qui l\u2019entourent, qui ne pensent qu\u2019\u00e0 poss\u00e9der des terres et des biens. Son amant, Antek, l\u2019anti-h\u00e9ros, est lamentable. Il est odieux avec sa femme, il fait passer son orgueil avant les besoins de ses enfants. Pourtant, le village le comprend et l\u2019accepte tel qu\u2019il est. Jagna, elle, ne trouve pas sa place.Le fait qu\u2019elle soit aussi la plus jolie fille du village ne joue pas en sa faveur. Elle se d\u00e9marque. Par son comportement \u00e9galement, puisqu\u2019elle refuse de c\u00e9der, de s\u2019effacer. Alors, tout le monde se retourne contre elle. C\u2019est une chose qui se produit encore trop souvent, y compris dans le monde moderne. Il y a encore de grosses diff\u00e9rences de traitement entre les hommes et les femmes, et en particulier les jeunes femmes qui se cherchent encore.\\nComment s\u2019est pass\u00e9 le casting ? Quelles caract\u00e9ristiques recherchiez-vous ? Il y a quelque chose de tr\u00e8s contemporain dans la prestation de Kamila.HW : On cherchait quelqu\u2019un avec un c\u00f4t\u00e9 r\u00eaveur, un peu fugace, et une sensibilit\u00e9 artistique. Mais aussi quelqu\u2019un d\u2019une beaut\u00e9 saisissante. Nous ne nous sommes pas content\u00e9s de regarder du c\u00f4t\u00e9 des actrices polonaises \u00e9tablies, nous avons aussi organis\u00e9 des auditions dans des \u00e9coles d\u2019art dramatique, ou de cin\u00e9ma. Nous avons vu beaucoup de gens qui n\u2019avaient aucune exp\u00e9rience. Les gens ont une image pr\u00e9con\u00e7ue de Kamila, \u00e0 cause de sa beaut\u00e9. Ils veulent trop souvent la mettre dans une case, ils sont jaloux et possessifs. Elle doit se battre pour se d\u00e9finir comme elle l\u2019entend. Elle fait une formidable Jagna moderne parce qu\u2019elle comprend ce que vit le personnage, dans le contexte actuel.\\nDKW : Vous qualifiez sa prestation de contemporaine, mais la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le monde qui n\u2019a pas tant chang\u00e9 que \u00e7a. Il y a toujours des femmes comme Jagna un peu partout, confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes similaires dans un monde o\u00f9 les diff\u00e9rences de traitement entre hommes et femmes existent toujours bel et bien. Surtout lorsqu\u2019il est question de sexualit\u00e9. Internet et les r\u00e9seaux sociaux ont cr\u00e9\u00e9 tout un tas de nouveaux moyens de harceler, humilier, tyranniser, traquer les jeunes femmes. Nous avons trouv\u00e9 que son histoire \u00e9tait toujours d\u2019actualit\u00e9 et c\u2019est le message que nous avons voulu faire passer aupr\u00e8s du public. Notre intention n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de faire un documentaire sur la vie dans la campagne polonaise au 19e si\u00e8cle. Nous voulions avant tout retranscrire les \u00e9motions, la tension dramatique du roman de Reymont pour un public contemporain.Avez-vous h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 retranscrire la violence et la sexualit\u00e9 du roman \u00e0 l\u2019\u00e9cran ? Vous n\u2019avez pas eu peur que ce soit un peu trop brutal ?DKW : Nous avons d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir soigneusement \u00e0 la fa\u00e7on dont nous allions les montrer. Dans le roman, la violence physique fait partie de la vie quotidienne. Tout le monde ne cautionne pas la violence domestique, mais elle est accept\u00e9e. Nous, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de ne montrer que la violence qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019histoire. Quant \u00e0 la sexualit\u00e9, nous avons un carr\u00e9 amoureux au centre de l\u2019histoire. L\u2019histoire elle-m\u00eame a pour moteurs la passion, la jalousie, la rage. Alors, le sexe devait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9. Mais on voulait que le film reste accessible \u00e0 des adolescents. Alors, nous avons fait attention \u00e0 montrer les choses de mani\u00e8re \u00e0 obtenir toutes les certifications n\u00e9cessaires.HW : Le roman est beaucoup plus violent que notre fi lm parce qu\u2019il fait quasiment 1000 pages, il y a un peu plus de tout. Par rapport au monde dans lequel la plupart d\u2019entre nous vivent aujourd\u2019hui, celui des personnages est beaucoup plus violent, plus dur. Mais c\u2019est tout ce qu\u2019ils connaissent. Nous, nous en montrons juste ce qu\u2019il faut pour que le public s\u2019identifie \u00e9motionnellement aux personnages et ressente l\u2019impact de cette violence sur eux. \\nC\u2019est un film tr\u00e8s musical, rempli de chansons et de danse. Pour quelle raison ?DKW : C\u2019est vrai qu\u2019\u00e9tonnamment, c\u2019est tr\u00e8s musical. Lorsqu\u2019on \u00e9crivait le sc\u00e9nario, on a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inspir\u00e9s par les descriptions des nombreuses f\u00eates, du mariage de Boryna et Jagna au cours duquel les invit\u00e9s boivent et dansent pendant trois jours d\u2019affil\u00e9e. Ce sont des gens qui m\u00e8nent une existence dure, qui travaillent du soir au matin mais qui savent aussi c\u00e9l\u00e9brer le cycle de la vie. Ils aiment les v\u00eatements, la musique, et ils adorent danser. On devrait tous danser davantage ! On trouvait \u00e9galement que la nature avait besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de musique. Par moments, c\u2019\u00e9tait elle qui devait parler pour les personnages, quand ils ne s\u2019exprimaient pas assez ou qu\u2019ils avaient la sensation que les choses leur \u00e9chappaient. Notre \u00e9troite collaboration avec Lucasz \u00ab L.U.C \u00bb Rostkowski a \u00e9t\u00e9 cruciale. Sans son travail passionn\u00e9, le film ne serait pas ce qu\u2019il est.HW : Dans le livre, il y a de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la musique et \u00e0 la danse. J\u2019adorais une chose, c\u2019est que dans ces moments-l\u00e0, il n\u2019\u00e9tait plus question d\u2019\u00eatre mesquin, on oubliait les ragots et les conflits. On se rend compte que ces gens \u00e9taient des artistes et que c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a qu\u2019ils s\u2019exprimaient, de mani\u00e8re passionn\u00e9e.\\nParlez-nous un peu de vos inspirations visuelles, et de l\u2019id\u00e9e d\u2019incorporer des peintures connues dans l\u2019histoire.DKW : Le fait que Reymont soit un auteur de la Jeune Pologne (mouvement moderniste dans les arts graphiques, la litt\u00e9rature et la musique en Pologne), nous a donn\u00e9 l\u2019occasion de lier sa prose aux \u0153uvres des peintres de son \u00e9poque. Le courant de la Jeune Pologne a touch\u00e9 de nombreux domaines et styles artistiques mais \u00e0 la base, c\u2019est un mouvement qui met en avant l\u2019identit\u00e9 et la culture polonaises, qui d\u00e9peint la Pologne comme un pays fort, vivant, m\u00eame lorsqu\u2019il est occup\u00e9 par des puissances \u00e9trang\u00e8res. Nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 des tableaux des peintres polonais de la fin du 19e et d\u00e9but du 20e si\u00e8cles et nous les avons combin\u00e9s aux techniques cin\u00e9matographiques et d\u2019animation du 21e si\u00e8cle. Nous nous sommes inspir\u00e9s des \u0153uvres de plus d\u2019une trentaine de peintres, de Micha\u0142 Gorstkin-Wywi\u00f3rski \u00e0 Ferdynand Ruszczyc, mais surtout de J\u00f3zef Che\u0142mo\u0144ski, de l\u2019\u00e9cole r\u00e9aliste. Dans ses derni\u00e8res \u0153uvres, apr\u00e8s son retour en Pologne, la campagne polonaise est tr\u00e8s belle, tr\u00e8s expressive. \u00c7a correspondait exactement \u00e0 ce qu\u2019on voulait faire visuellement. Le book que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 pour le film avec Piotr Dominak, qui \u00e9tait aussi mon chef-peintre sur La Passion Van Gogh, s\u2019inspire beaucoup de nos propres \u00e9tudes aux Beaux-arts. Nous avons grandi avec ces tableaux, ils nous fascinent toujours autant. Le film \u00e9tait pour nous l\u2019occasion de partager cette fascination avec le public polonais et international.\\nHW : Reymont est connu comme \u00e9tant un auteur de la Jeune Pologne mais il y a un r\u00e9alisme presque magique dans ses descriptions. Elles sont tr\u00e8s po\u00e9tiques. Il nous semblait vraiment coh\u00e9rent de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tous ces peintres pour donner vie \u00e0 ses mots. C\u2019est quelque chose que les images en prise de vue r\u00e9elles ne permettent pas de faire. On n\u2019obtient pas la m\u00eame \u00e9motion.\\nVous pensez que c\u2019est une bonne p\u00e9riode pour l\u2019animation pour adultes ? J\u2019imagine que le march\u00e9 a pas mal \u00e9volu\u00e9 depuis le succ\u00e8s de \\\"La Passion Van Gogh\\\".DKW : Je ne sais pas si c\u2019est une bonne p\u00e9riode mais c\u2019est la p\u00e9riode. Depuis La Passion Van Gogh, deux autres films, je crois, ont bien march\u00e9 aupr\u00e8s du public et plusieurs autres ont \u00e9t\u00e9 salu\u00e9s par la critique. Avant \u00e7a, c\u2019\u00e9tait une chose rare, des \u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s. Maintenant, ils forment un petit village d\u2019\u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s au milieu de l\u2019immensit\u00e9 des films d\u2019animation familiaux ou destin\u00e9s aux enfants.HW : Apr\u00e8s \\\"La Passion Van Gogh\\\", qui a \u00e9t\u00e9 le film polonais ayant connu le plus de succ\u00e8s au box-office et le troisi\u00e8me film d\u2019animation pour adultes ayant le mieux march\u00e9, de nombreux distributeurs et vendeurs nous ont remerci\u00e9s. Ils nous disaient que le monde \u00e9tait devenu plus ouvert \u00e0 l\u2019animation pour adultes. Mais ils nous demandaient aussi souvent si on comptait faire La Passion Van Gogh 2. Autrement dit, si on comptait faire la m\u00eame chose avec d\u2019autres peintres. Nous avions envie de faire autre chose, de montrer tout ce qu\u2019on pouvait faire avec les techniques d\u2019animation au cin\u00e9ma. Donner vie \u00e0 un roman de plus de 1000 pages, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9fi int\u00e9ressant, et c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019occasion de montrer que \u00e7a marcherait aussi pour un drame. \\\"La Jeune Fille et les Paysans\\\" fonctionne \u00e0 une tout autre \u00e9chelle que \\\"La Passion Van Gogh\\\". Il y a de la danse et des combats. 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Elle prend son destin en main, rejette les traditions et bouleverse l\u2019ordre \u00e9tabli. Commencent alors les saisons de la col\u00e8re\u2026\nAU CINEMA LE 20 MARS\nEntretien avec Dorota Kobiela Welchman &amp; Hugh Welchman\nQu\u2019est-ce qui vous a donn\u00e9 envie d\u2019adapter ce roman de W\u0142adys\u0142aw Reymont, qui est peu connu en dehors de la Pologne ?\nHW : Pendant le tournage de La Passion Van Gogh, DK a eu envie de m\u2019initier \u00e0 la culture polonaise. Elle m\u2019a achet\u00e9 plusieurs romans connus, parmi lesquels Les Paysans. C\u2019\u00e9tait de loin le plus long et on \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9s \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors je ne l\u2019ai pas lu tout de suite. Quand j\u2019ai enfin pu prendre un peu de vacances, apr\u00e8s les Oscars, je me suis dit que c\u2019\u00e9tait le moment ou jamais. Je l\u2019ai d\u00e9vor\u00e9, quatre fois, puisqu\u2019il s\u2019agissait de la traduction de 1924 en quatre tomes.J\u2019ai tr\u00e8s vite vu que c\u2019\u00e9tait un chef-d\u2019\u0153uvre. Dans la lign\u00e9e de Charles Dickens, Thomas Hardy, Emile Zola. Les paysans ont \u00e9t\u00e9 les piliers de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne pendant plus de mille ans, jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution industrielle, et au-del\u00e0. J\u2019ai eu tr\u00e8s envie de faire d\u00e9couvrir ce magnifique livre au public non-polonais. Il le m\u00e9rite amplement. C\u2019est pour cette raison que nous avons travaill\u00e9 sur une nouvelle traduction en anglais avec Penguin Classics, dans l\u2019espoir de donner envie aux gens de lire aussi le roman.\nDKW : J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 le livre audio du roman pendant que je peignais mon unique plan de \"La Passion Van Gogh\". Je crois que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la beaut\u00e9 des descriptions que fait Reymont du village, des saisons et de la nature environnante. J\u2019ai trouv\u00e9 les personnages attachants, m\u00eame dr\u00f4les, bien plus que lors de ma premi\u00e8re lecture, quand j\u2019avais 17 ans. C\u2019est un roman qui n\u00e9cessite de la patience et un peu d\u2019exp\u00e9rience de la vie.\nCette fois, l\u2019histoire est vraiment centr\u00e9e sur Jagna. Vous lui rendez enfin justice, on dirait.DKW : C\u2019\u00e9tait la raison principale qui m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 raconter cette histoire. C\u2019est un superbe roman, truff\u00e9 de descriptions \u00e0 couper le souffle, mais ce qui m\u2019attirait r\u00e9ellement dans l\u2019id\u00e9e de l\u2019adapter, c\u2019\u00e9tait Jagna. En tant que femme, j\u2019ai moi aussi \u00e9t\u00e9 injustement montr\u00e9e du doigt de nombreuses fois dans ma vie. Je me reconnaissais vraiment en elle, ce qu\u2019elle traversait me touchait. Au d\u00e9part, on l\u2019envie, elle est incomprise, puis, on la maltraite, on l\u2019humilie et finalement, on la met \u00e0 l\u2019\u00e9cart, tout \u00e7a parce qu\u2019elle est jolie, r\u00eaveuse, artiste, qu\u2019elle vit les choses avec passion, mais surtout parce qu\u2019elle remet en question le patriarcat qui est soutenu par l\u2019\u00c9glise. C\u2019\u00e9tait comme si elle m\u2019appelait \u00e0 elle. Le fi lm est ma r\u00e9ponse \u00e0 cet appel. Votre version de l\u2019histoire est bien plus f\u00e9ministe que le roman de Reymont.\nC\u2019\u00e9tait votre intention d\u00e8s le d\u00e9part ?\nHW : Dans le roman, on sent que la vie de villageoise moyenne ne lui suffi t pas. C\u2019est cette id\u00e9e-l\u00e0 que nous voulions d\u00e9velopper. Nous voulions montrer que la vie de toutes les femmes est d\u00e9termin\u00e9e par leur place dans la hi\u00e9rarchie sociale, et aborder \u00e7a de fa\u00e7on moderne.Jagna est le personnage le plus marquant du roman, mais ce dernier raconte l\u2019histoire de toute une communaut\u00e9. Nous, nous voulions vraiment centrer notre r\u00e9cit sur sa volont\u00e9 de vivre \u00e0 sa mani\u00e8re. Elle ne se soucie pas des choses mat\u00e9rielles, contrairement \u00e0 tous ceux qui l\u2019entourent, qui ne pensent qu\u2019\u00e0 poss\u00e9der des terres et des biens. Son amant, Antek, l\u2019anti-h\u00e9ros, est lamentable. Il est odieux avec sa femme, il fait passer son orgueil avant les besoins de ses enfants. Pourtant, le village le comprend et l\u2019accepte tel qu\u2019il est. Jagna, elle, ne trouve pas sa place.Le fait qu\u2019elle soit aussi la plus jolie fille du village ne joue pas en sa faveur. Elle se d\u00e9marque. Par son comportement \u00e9galement, puisqu\u2019elle refuse de c\u00e9der, de s\u2019effacer. Alors, tout le monde se retourne contre elle. C\u2019est une chose qui se produit encore trop souvent, y compris dans le monde moderne. Il y a encore de grosses diff\u00e9rences de traitement entre les hommes et les femmes, et en particulier les jeunes femmes qui se cherchent encore.\nComment s\u2019est pass\u00e9 le casting ? Quelles caract\u00e9ristiques recherchiez-vous ? Il y a quelque chose de tr\u00e8s contemporain dans la prestation de Kamila.HW : On cherchait quelqu\u2019un avec un c\u00f4t\u00e9 r\u00eaveur, un peu fugace, et une sensibilit\u00e9 artistique. Mais aussi quelqu\u2019un d\u2019une beaut\u00e9 saisissante. Nous ne nous sommes pas content\u00e9s de regarder du c\u00f4t\u00e9 des actrices polonaises \u00e9tablies, nous avons aussi organis\u00e9 des auditions dans des \u00e9coles d\u2019art dramatique, ou de cin\u00e9ma. Nous avons vu beaucoup de gens qui n\u2019avaient aucune exp\u00e9rience. Les gens ont une image pr\u00e9con\u00e7ue de Kamila, \u00e0 cause de sa beaut\u00e9. Ils veulent trop souvent la mettre dans une case, ils sont jaloux et possessifs. Elle doit se battre pour se d\u00e9finir comme elle l\u2019entend. Elle fait une formidable Jagna moderne parce qu\u2019elle comprend ce que vit le personnage, dans le contexte actuel.\nDKW : Vous qualifiez sa prestation de contemporaine, mais la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le monde qui n\u2019a pas tant chang\u00e9 que \u00e7a. Il y a toujours des femmes comme Jagna un peu partout, confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes similaires dans un monde o\u00f9 les diff\u00e9rences de traitement entre hommes et femmes existent toujours bel et bien. Surtout lorsqu\u2019il est question de sexualit\u00e9. Internet et les r\u00e9seaux sociaux ont cr\u00e9\u00e9 tout un tas de nouveaux moyens de harceler, humilier, tyranniser, traquer les jeunes femmes. Nous avons trouv\u00e9 que son histoire \u00e9tait toujours d\u2019actualit\u00e9 et c\u2019est le message que nous avons voulu faire passer aupr\u00e8s du public. Notre intention n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de faire un documentaire sur la vie dans la campagne polonaise au 19e si\u00e8cle. Nous voulions avant tout retranscrire les \u00e9motions, la tension dramatique du roman de Reymont pour un public contemporain.Avez-vous h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 retranscrire la violence et la sexualit\u00e9 du roman \u00e0 l\u2019\u00e9cran ? Vous n\u2019avez pas eu peur que ce soit un peu trop brutal ?DKW : Nous avons d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir soigneusement \u00e0 la fa\u00e7on dont nous allions les montrer. Dans le roman, la violence physique fait partie de la vie quotidienne. Tout le monde ne cautionne pas la violence domestique, mais elle est accept\u00e9e. Nous, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de ne montrer que la violence qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019histoire. Quant \u00e0 la sexualit\u00e9, nous avons un carr\u00e9 amoureux au centre de l\u2019histoire. L\u2019histoire elle-m\u00eame a pour moteurs la passion, la jalousie, la rage. Alors, le sexe devait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9. Mais on voulait que le film reste accessible \u00e0 des adolescents. Alors, nous avons fait attention \u00e0 montrer les choses de mani\u00e8re \u00e0 obtenir toutes les certifications n\u00e9cessaires.HW : Le roman est beaucoup plus violent que notre fi lm parce qu\u2019il fait quasiment 1000 pages, il y a un peu plus de tout. Par rapport au monde dans lequel la plupart d\u2019entre nous vivent aujourd\u2019hui, celui des personnages est beaucoup plus violent, plus dur. Mais c\u2019est tout ce qu\u2019ils connaissent. Nous, nous en montrons juste ce qu\u2019il faut pour que le public s\u2019identifie \u00e9motionnellement aux personnages et ressente l\u2019impact de cette violence sur eux. \nC\u2019est un film tr\u00e8s musical, rempli de chansons et de danse. Pour quelle raison ?DKW : C\u2019est vrai qu\u2019\u00e9tonnamment, c\u2019est tr\u00e8s musical. Lorsqu\u2019on \u00e9crivait le sc\u00e9nario, on a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inspir\u00e9s par les descriptions des nombreuses f\u00eates, du mariage de Boryna et Jagna au cours duquel les invit\u00e9s boivent et dansent pendant trois jours d\u2019affil\u00e9e. Ce sont des gens qui m\u00e8nent une existence dure, qui travaillent du soir au matin mais qui savent aussi c\u00e9l\u00e9brer le cycle de la vie. Ils aiment les v\u00eatements, la musique, et ils adorent danser. On devrait tous danser davantage ! On trouvait \u00e9galement que la nature avait besoin d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e de musique. Par moments, c\u2019\u00e9tait elle qui devait parler pour les personnages, quand ils ne s\u2019exprimaient pas assez ou qu\u2019ils avaient la sensation que les choses leur \u00e9chappaient. Notre \u00e9troite collaboration avec Lucasz \u00ab L.U.C \u00bb Rostkowski a \u00e9t\u00e9 cruciale. Sans son travail passionn\u00e9, le film ne serait pas ce qu\u2019il est.HW : Dans le livre, il y a de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la musique et \u00e0 la danse. J\u2019adorais une chose, c\u2019est que dans ces moments-l\u00e0, il n\u2019\u00e9tait plus question d\u2019\u00eatre mesquin, on oubliait les ragots et les conflits. On se rend compte que ces gens \u00e9taient des artistes et que c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a qu\u2019ils s\u2019exprimaient, de mani\u00e8re passionn\u00e9e.\nParlez-nous un peu de vos inspirations visuelles, et de l\u2019id\u00e9e d\u2019incorporer des peintures connues dans l\u2019histoire.DKW : Le fait que Reymont soit un auteur de la Jeune Pologne (mouvement moderniste dans les arts graphiques, la litt\u00e9rature et la musique en Pologne), nous a donn\u00e9 l\u2019occasion de lier sa prose aux \u0153uvres des peintres de son \u00e9poque. Le courant de la Jeune Pologne a touch\u00e9 de nombreux domaines et styles artistiques mais \u00e0 la base, c\u2019est un mouvement qui met en avant l\u2019identit\u00e9 et la culture polonaises, qui d\u00e9peint la Pologne comme un pays fort, vivant, m\u00eame lorsqu\u2019il est occup\u00e9 par des puissances \u00e9trang\u00e8res. Nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 des tableaux des peintres polonais de la fin du 19e et d\u00e9but du 20e si\u00e8cles et nous les avons combin\u00e9s aux techniques cin\u00e9matographiques et d\u2019animation du 21e si\u00e8cle. Nous nous sommes inspir\u00e9s des \u0153uvres de plus d\u2019une trentaine de peintres, de Micha\u0142 Gorstkin-Wywi\u00f3rski \u00e0 Ferdynand Ruszczyc, mais surtout de J\u00f3zef Che\u0142mo\u0144ski, de l\u2019\u00e9cole r\u00e9aliste. Dans ses derni\u00e8res \u0153uvres, apr\u00e8s son retour en Pologne, la campagne polonaise est tr\u00e8s belle, tr\u00e8s expressive. \u00c7a correspondait exactement \u00e0 ce qu\u2019on voulait faire visuellement. Le book que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 pour le film avec Piotr Dominak, qui \u00e9tait aussi mon chef-peintre sur La Passion Van Gogh, s\u2019inspire beaucoup de nos propres \u00e9tudes aux Beaux-arts. Nous avons grandi avec ces tableaux, ils nous fascinent toujours autant. Le film \u00e9tait pour nous l\u2019occasion de partager cette fascination avec le public polonais et international.\nHW : Reymont est connu comme \u00e9tant un auteur de la Jeune Pologne mais il y a un r\u00e9alisme presque magique dans ses descriptions. Elles sont tr\u00e8s po\u00e9tiques. Il nous semblait vraiment coh\u00e9rent de faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tous ces peintres pour donner vie \u00e0 ses mots. C\u2019est quelque chose que les images en prise de vue r\u00e9elles ne permettent pas de faire. On n\u2019obtient pas la m\u00eame \u00e9motion.\nVous pensez que c\u2019est une bonne p\u00e9riode pour l\u2019animation pour adultes ? J\u2019imagine que le march\u00e9 a pas mal \u00e9volu\u00e9 depuis le succ\u00e8s de \"La Passion Van Gogh\".DKW : Je ne sais pas si c\u2019est une bonne p\u00e9riode mais c\u2019est la p\u00e9riode. Depuis La Passion Van Gogh, deux autres films, je crois, ont bien march\u00e9 aupr\u00e8s du public et plusieurs autres ont \u00e9t\u00e9 salu\u00e9s par la critique. Avant \u00e7a, c\u2019\u00e9tait une chose rare, des \u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s. Maintenant, ils forment un petit village d\u2019\u00e9v\u00e8nements isol\u00e9s au milieu de l\u2019immensit\u00e9 des films d\u2019animation familiaux ou destin\u00e9s aux enfants.HW : Apr\u00e8s \"La Passion Van Gogh\", qui a \u00e9t\u00e9 le film polonais ayant connu le plus de succ\u00e8s au box-office et le troisi\u00e8me film d\u2019animation pour adultes ayant le mieux march\u00e9, de nombreux distributeurs et vendeurs nous ont remerci\u00e9s. Ils nous disaient que le monde \u00e9tait devenu plus ouvert \u00e0 l\u2019animation pour adultes. Mais ils nous demandaient aussi souvent si on comptait faire La Passion Van Gogh 2. Autrement dit, si on comptait faire la m\u00eame chose avec d\u2019autres peintres. Nous avions envie de faire autre chose, de montrer tout ce qu\u2019on pouvait faire avec les techniques d\u2019animation au cin\u00e9ma. Donner vie \u00e0 un roman de plus de 1000 pages, c\u2019\u00e9tait un d\u00e9fi int\u00e9ressant, et c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019occasion de montrer que \u00e7a marcherait aussi pour un drame. \"La Jeune Fille et les Paysans\" fonctionne \u00e0 une tout autre \u00e9chelle que \"La Passion Van Gogh\". Il y a de la danse et des combats. Chaque image nous a demand\u00e9 deux fois plus de temps de travail, en raison du style plus r\u00e9aliste et des mouvements dynamiques de cam\u00e9ra."},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"pl-PL","@id":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/2024\/02\/27\/la-jeune-fille-et-les-paysans-film\/#primaryimage","url":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2024\/02\/Chlopi.jpg","contentUrl":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-content\/uploads\/sites\/14\/2024\/02\/Chlopi.jpg","width":1998,"height":1080},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/2024\/02\/27\/la-jeune-fille-et-les-paysans-film\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"LA JEUNE FILLE ET LES PAYSANS (\u00ab\u00a0Ch\u0142opi\u00a0\u00bb)"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/#website","url":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/","name":"Instytut Polski w Pary\u017cu","description":"Instytuty Polskie","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"pl-PL"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/#\/schema\/person\/3b3b9e9c3259de43d635b33bf449f8ab","name":"moskala","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"pl-PL","@id":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/b2df222229cc8e17ae1c8eafc0a5ed7c?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/b2df222229cc8e17ae1c8eafc0a5ed7c?s=96&d=mm&r=g","caption":"moskala"},"url":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/author\/moskala\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6206","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6206"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6206\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6415,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6206\/revisions\/6415"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6174"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6206"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6206"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/instytutpolski.pl\/paris\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6206"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}