9.09.2022 - 11.09.2022 Actualité, Autres, Événements

La bande dessinée polonaise au féminin

Article à l’occasion de la participations des auteurs polonais à la Fête de la BD à Bruxelles par Piotr Kasiński

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Durant des décennies au XXe siècle, les histoires illustrées étaient un domaine réservé aux hommes – y compris en Pologne. Malgré cette époque, ils ne manquaient pas de femmes pour créer des bandes dessinées à succès. L’autrice la plus populaire de cette époque reste Szarlota Pawel, autrice des séries d’aventures extrêmement populaires – « Jonka, Jonek et Kleks » et l’humoristique « Winnie L’Enfer » („Kubuś Piekielny”), décrivant avec ironie la vie quotidienne polonaise des années 1980.

 

 

La série de bandes dessinées pour enfants « Jonka, Jonek et Kleks » a été créée dans les années 70. La première histoire a été publiée dans le magazine « Le monde des jeunes » (Świat Młodych) ; Cette série est une aventure fantastique, souvent surréaliste, pleine de magie, dans laquelle évoluent trois amis : Jonka et Jonek – deux adolescents et Kleks un héros fantastique : une créature bleue faite d’encre. Jonka et Jonek prennent part à de nombreuses aventures incroyables en dehors de la réalité dans lesquelles ils sont « dessinés » par Kleks. Les aventuriers partent dans un monde loufoque et imaginaire pour vivre des histoires inoubliables. Les trois héros rencontrent de nombreux personnages magiques et fantastiques sur leur chemin.

 

 

Grażyna Dłużniewska, était également très douée pour les cadres et les textes en phylactères avec entre autres les héros pour enfants tels que Bromba, Fikander ou Makawity, inventés par Maciej Wojtyszko ainsi que Krystyna Wójcik, qui, dans les années 1970, a publié des bandes dessinées dans la presse des villes de Wrocław et de Łódź. Il a fallu attendre les années 90 pour voir apparaître une nouvelle génération de dessinatrices et de scénaristes.

Grażyna Dłużniewska a illustré, entre autres, « La treizième plume d’Euphémie » de Maciej Wojtyszko, avec qui elle a également collaboré à la création d’autres livres.
« La treizième plume d’Euphémie » est l’histoire d’Apolonia et Eufemia qui ont découvert un trou cosmique qui s’avère être un tunnel vers un autre univers. Cette expédition dans une dimension inconnue est remplie des nombreuses aventures intéressantes et des expériences dramatiques. Une histoire simple et agréable dans un monde fantastique.

 

 

Certes, la dernière décennie du dernier millénaire a été une période difficile pour la bande dessinée polonaise (effondrement des maisons d’édition du pays, un désintérêt pour les nouvelles œuvres nationales, les acteurs privés du marché), mais cela n’a pas empêché de grandes autrices comme Aleksandra Spanowicz, Agnieszka Papis, Sylwia Restecka et Joanna Sanecka d’apparaître dans des anthologies de bandes dessinées, des magazines ou dans d’incalculables albums.

Les meilleures années, non seulement pour la bande dessinée féminine, mais aussi pour l’ensemble de la bande dessinée polonaise, sont arrivées à la fin du XXIe siècle et en particulier dans sa deuxième décennie. Le marché de l’édition s’est consolidé, avec un certain nombre d’éditeurs qui s’intéressent de près aux auteurs polonais ce qui a permis de considérablement et significativement augmenter le nombre d’événements et de festivals de la bande dessinée. Les médias ont enfin commencé à voir d’un bon œil les histoires de bandes dessinées, brisant de plus en plus le mythe selon lequel la narration graphique n’est qu’un divertissement superficiel pour les enfants. Mais surtout, la création de bandes dessinées en Pologne a cessé d’être le domaine d’un petit groupe d’artistes, assez hermétique et essentiellement masculin. Les femmes autrices et illustratrices ont été entendues – chaque année, elles confirment leurs talents dans un nombre croissant de bandes dessinées publiées, en remportant des prix et en partageant leurs savoir-faire.

À l’heure actuelle, la bande dessinée féminine polonaise se compose de dizaines de créatrices publiant des zines indépendantes, des albums complets et des séries populaires en distribution officielle chez les plus grands éditeurs polonais. Les percées sur les marchés étrangers sont de plus en plus audacieuses. L’exemple le plus récent – Maria Rostocka et son album sensationnel « La Fin de juillet » („Koniec lipca”). Publié par Kultura Gniewu, ce comics social a enchanté le public, la plupart des critiques mais aussi les jurés – certains ont annoncé que « La Fin de juillet » était l’album de l’année au 31e Festival international de la bande dessinée et des jeux de Łódź, tandis que d’autres lui ont attribué la première place au Festival de la BD de Varsovie („Komiksowa Warszawa”). À la fin de 2021, Maria Rostocka a fait ses débuts sur le marché français et a immédiatement figuré sur la liste des nominés pour le grand prix d’Angoulême, l’un des plus grands festivals d’Europe.

Maria Rostocka passe une partie de son enfance en France où elle découvre la lecture en lisant des bandes dessinées. Elle continue ses études au lycée français René Goscinny de Varsovie puis fait des études de peintures aux Beaux-arts. Elle a long­temps réalisé des séries de tableaux, puis des suites d’images à la gouache avant de se mettre à peindre des histoires courtes en BD, ce qui lui a permis de se faire une place dans le petit monde de la bande dessinée polonaise. En 2013, elle coécrit « L’ours, le chat et le lapin » avec son mari Michał Rostocki, livre publié en Pologne puis traduit en français aux Éditions Michel Lagarde. Elle se lance ensuite dans l’écriture de « La Fin de juillet », un livre inspiré par le cinéma indépendant et les romans de Jane Austen, qui est marqué par l’atmosphère d’un village près de Varsovie où vivait le grand-père de l’autrice. Il y a du vieux et du nouveau, la nostalgie du passé, l’optimisme du futur et le sentiment étrange de vivre dans un monde où tout se mélange : en vacances chez sa grand-mère qui ne déscotche pas de la télé, Alek zone avec son pote, la sœur de son pote et les chiens. Il n’y a rien d’autre à faire, c’est la fin de juillet. En sélection officielle pour le Festival d’Angoulême 2022.

 

 

Parmi les bédéistes actuelles les plus reconnues en Pologne, il faut citer : Joanna Karpowicz et ses albums « Rouge à lèvres » („Szminka”) et « Pomme acidulée » („Kwaśne jabłko”) avec des scénarios de Jerzy Szyłak, deux tomes de l’histoire « Anastasia » („Anastazja”) de Magdalena Lankosz et les artbooks de la série « Anubis » ;

 

 

Joanna Karpowicz raconte :
« « Rouge à lèvres » (titre polonais : Szminka) était ma première bande dessinée publiée (Mandragora, 2003). L’histoire a été écrite par Jerzy Szylak, théoricien polonais de la littérature et de la culture et scénariste, connu pour sa passion pour les complots criminels et sombres. Comme il le décrit, « le rouge à lèvres est une question de crime, celui qui a été commis dans une ruelle sombre, une infraction impliquant un couteau, et l’autre – commis à l’aide de mots, d’accusations, d’insinuations et d’abus mental de la victime. Le personnage principal du rouge à lèvres, Michal Pawluk, est un policier, avec l’obsession de capturer et de punir le dangereux tueur psychopathe – il est décidé à le faire à tout prix. La situation semble simple : crime et châtiment. Les motivations des personnages, cependant, sont loin d’être simples. Cette histoire comique contient des scènes dramatiques et montre des crimes horribles. Mais le pire d’entre eux est celui que vous ne pouvez pas voir. » L’action se déroule à Cracovie, de sorte que ceux qui connaissent la ville peuvent repérer certains lieux familiers. »

Agnieszka Świętek est l’autrice de « Rufus » scénarisé par Bartosz Sztybor et de « Les Petites promesses » („Obiecanki”), élu le meilleur album polonais lors du 29e MKFiG à Łódź ; Unka Odya, autrice de la série « Brom » – une aventure fantastique pour les jeunes, dont le premier volume a remporté le concours du meilleur album polonais au 30e IFCG ; Anna Krztoń, l’autrice de l’album « Reprends toi » („Weź się w garść”) et de nombreux fanzines autobiographiques et Katarzyna Witerscheim, la créatrice de la série historique « Helena Wiktoria ».

Rufus est un loup, mais il ne comprend pas très bien ce que cela signifie. Il sait seulement que les autres animaux ont peur de lui et essaient de l’éviter. Par conséquent, Rufus est réconcilié avec le fait que personne ne veut l’adopter depuis longtemps. Cependant, sa vie change beaucoup lorsqu’une famille de moutons décide de s’occuper de lui. Rufus se retrouve dans un monde où il commence à découvrir qui il est vraiment. Récompensée lors de la troisième édition du « Concours de bande dessinée pour enfants de Janusz Christa ».

 

 

Mais n’oublions pas non plus de citer Agata Wawryniuk, qui a reçu le 24e prix MFKiG de l’album de l’année pour « Polish-English conversations » („Rozmówki polsko-angielskie”) ; Marta Falkowska, l’autrice de la série pour enfants « Voici Tosia » („Oto Tosia”), mais aussi de bandes dessinées pour un public adulte ; Edyta Bystroń, qui publie dans des fanzines, des albums complets, entre autres « Réunion obligatoire » („Zebranie obowiązkowe”) et «Tout brûlera à la fin » („Na koniec wszystko spłonie”) ; Agnieszka Surma avec la série pour enfants « Pikapidula » et Barbara Okrasa, Monika Laprus-Wierzejska, Anna Helena Szymborska, Beata Sosnowska et bien d’autres artistes…

« Polish-English Conversations » est le récit écrit et illustré par Agata Wawryniuk sur un séjour désillusionnant à Londres. Quittant la Pologne pour jouir de la liberté d’un citoyen de l’Union européenne qui peut travailler au Royaume-Uni, Wawryniuk éprouve des sentiments de déception, de consternation et de regret. Son histoire reflète celle de nombreux autres Polonais et Européens de l’Est qui partent pour « une vie meilleure ». Wawryniuk, à travers les mots et les images en noir et blanc, définit l’émigration en montrant ses côtés ensoleillés et ombragés. Ce roman graphique a été nommé Le Meilleur Comic Book de 2012 et a également remporté le prix du magazine Hiro, une bourse pour les meilleurs débuts et a atteint la finale du concours de talents de Radio 3 polonaise.

 

 

Toutes les autrices mentionnées ci-dessus ont leur propre style reconnaissable et utilisent des techniques très variées – du simple dessin au trait noir et blanc, en passant par toutes sortes de techniques numériques, à la peinture à l’huile classique. Les sujets abordés sont également variés. Les histoires de fiction, les différents points de vue sur les relations humaines, les sentiments et les émotions dominent – également dans les histoires destinées aux plus jeunes lecteurs. Mais il y a aussi de l’humour, de la fantaisie, de l’aventure et des sensations dans les bandes dessinées féminines.

(…) Il est satisfaisant de voir que de plus en plus de noms d’auteurs polonais apparaissent sur les couvertures de bandes dessinées publiées à l’étranger. L’autrice la plus reconnaissable sur le marché francophone reste Marzena Sowa – scénariste de la série « Marzi », une série populaire sur l’enfance d’une protagoniste durant le communisme en Pologne, mais aussi autrice d’autres nombreuses bandes dessinées publiées en Pologne et en dehors des frontières. L’un de ces albums est « Fougère sauvage cette nuit » („Tej nocy dzika paprotka”), dessiné par Berenika Kołomycka – une excellente illustratrice et autrice de la série primée pour enfants « Le Petit Renard et le Grand Sanglier » „Malutki Lisek i Wielki Dzik”, qui a également été publiée à l’étranger.

La série « Marzi » est née de la rencontre d’une Polonaise venue étudier en France et d’un dessinateur de bande dessinée. Il écoute ses souvenirs d’enfant, et trouve là des récits savoureux, piquants, d’une grande fraîcheur et empreints d’émotions. « Marzi » est ensemble de récits qui parlent d’un pays encore bien méconnu, la Pologne d’avant, puis d’après, la chute du Mur, et vue par les yeux d’abord d’une enfant, puis d’une adolescente et enfin d’une étudiante.

 

 

L’illustratrice Zosia Dzierżawska, en collaboration avec la scénariste Charlotte Malterre-Barthes, a créé l’album « Eileen Gray » sur la vie et l’œuvre de la célèbre architecte et a été publié en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis. Les publications aux États-Unis ont à leur actif, Katarzyna Niemczyk ave la série « Mockingbird » et Marianna Strychowska, qui pour le scénario d’Aleksandra Motyka, a dessiné un tome de la célèbre série « The Witcher » (« Wiedźmin”). L’année dernière, la dessinatrice Magdalena Kania a fait ses débuts sur le continent américain, en collaborant avec le scénariste Maciej Kur. Leur œuvre commune « Delisie » a été publiée en anglais aux États-Unis et a été traduite en français au Canada. Le duo a également créé une comédie intrigante pour les jeunes lecteurs, « Emilka Sza ».

Bien que cela ne soit que le début, nous espérons que le nombre d’autrices polonaises publiant à l’étranger ne cessera d’augmenter avec le temps. (…)

 

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