Film : un cinéma d’été avec Andrzej Wajda
À l’occasion du centenaire de la naissance et du dixième anniversaire de la disparition d’Andrzej Wajda, l’Institut Polonais de Bruxelles et le Cinéma Galeries ont le plaisir de vous inviter à un cycle exceptionnel : Un cinéma d’été avec Andrzej Wajda.
Considéré comme l’une des figures majeures du cinéma européen du XXᵉ siècle, Andrzej Wajda a accompagné, film après film, les grands bouleversements de l’histoire polonaise, de l’Insurrection de Varsovie et du massacre de Katyń jusqu’à l’émergence du mouvement Solidarność. Son œuvre, profondément ancrée dans l’histoire, porte également une réflexion universelle sur la mémoire, la liberté, la résistance et la dignité humaine.
À travers une sélection de films emblématiques, ce cycle propose un parcours dans différentes périodes de son œuvre et de l’histoire de la Pologne au XXᵉ siècle.
Au cours de quatre soirées d’été, découvrez Cendres et diamant, L’Homme de fer, Kanal : Ils aimaient la vie et Katyn : autant de regards sur les tragédies, les espoirs et les combats qui ont marqué la Pologne contemporaine.
Cendres et diamant / Popiół i diament, 1958, 103 min

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
L’action du film se déroule en 1945, juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le personnage principal est un ancien partisan, chargé d’assassiner un responsable communiste.
En adaptant le roman de Jerzy Andrzejewski, apprécié par les autorités de la Pologne communiste, Wajda en a considérablement atténué la portée propagandiste.
Le film Cendres et diamant de Wajda s’attache au destin tragique des combattants de la résistance indépendantiste polonaise de l’après-guerre. Le réalisateur déplace ainsi l’attention et la sympathie du spectateur du vieux militant communiste vers un jeune partisan, mettant en lumière ses dilemmes moraux, ses conflits intérieurs et le caractère tragique de son destin.
Wajda rompt également avec l’esthétique du réalisme socialiste alors promue par le régime. Il adopte des solutions formelles novatrices et développe un langage cinématographique personnel, fondé sur des images d’une grande force expressive — parfois qualifiées de « baroques » —, une symbolique marquée et une représentation moralement nuancée des personnages.
Cette liberté esthétique, doublée d’une lecture moins conforme aux attentes du régime, suscita les réticences des autorités communistes. Écarté de la compétition officielle du Festival de Cannes, Cendres et diamant fut néanmoins présenté à la Mostra de Venise, où il remporta le Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique, consacrant la reconnaissance internationale de Wajda.

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
L’Homme de fer / Człowiek z żelaza, 1981, 153 min

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
En 1980, le film plonge le spectateur au cœur des événements de Gdańsk et de la naissance de Solidarność. Son personnage principal, Maciej Tomczyk, est un jeune ouvrier engagé dans le mouvement qui donnera naissance à Solidarność. Le film s’attache au destin des travailleurs et de leurs familles, soulignant les tensions entre engagement collectif, convictions personnelles et responsabilité individuelle.
Abordant la réalité contemporaine, Wajda propose un film qui est à la fois une chronique historique et un drame humain. Réalisé « à chaud », presque simultanément aux événements qu’il dépeint, le film intègre des images documentaires et a été tourné en partie dans les chantiers navals de Gdańsk, au plus près du mouvement social. Cette démarche confère à l’œuvre une authenticité exceptionnelle et une urgence politique palpable.
Présenté au Festival de Cannes en 1981, où il remporte la Palme d’or, le film connaît un immense succès en Pologne après sa sortie en juillet de la même année. Quelques mois plus tard, à la suite de l’instauration de la loi martiale en décembre 1981, il est retiré des salles et interdit pour des raisons politiques.

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
Kanal : Ils aimaient la vie / Kanał, 1957, 91 min

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
Dans Kanal : Ils aimaient la vie, nous suivons un groupe d’insurgés qui, durant les derniers jours de l’Insurrection de Varsovie, combattent encore à la surface de la ville avant de se réfugier dans les égouts. Leur parcours les entraîne à travers les différents cercles d’un enfer dantesque : l’air empoisonné, les eaux usées, l’obscurité et les corps des morts.
Le scénario s’inspire des expériences de guerre de Jerzy Stefan Stawiński, participant à l’Insurrection de Varsovie, écrivain et scénariste. Wajda y recourt une nouvelle fois à des procédés formels novateurs pour l’époque, en associant deux modes de représentation distincts : le reportage de guerre réaliste et le drame humain aux accents apocalyptiques. Les séquences claustrophobiques se déroulant dans les égouts jouent un rôle central, renforçant progressivement le sentiment d’enfermement et le désespoir des personnages.
L’atmosphère sombre du film est également portée par sa dimension sonore. L’utilisation d’instruments jusque-là inédits dans les bandes originales de films marque en outre une rupture nette avec l’esthétique du réalisme socialiste qui dominait auparavant la musique de cinéma polonaise.
Le simple fait d’aborder le thème de l’Insurrection de Varsovie constituait un geste audacieux, ce sujet étant resté largement absent des écrans sous le régime communiste. Malgré les réticences des autorités, Kanal fut salué sur la scène internationale et reçut le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes en 1957.

© Documentary and Feature Film Studio – WFDiF
Katyn / Katyń, 2007, 122 min

© TVP
Katyn, l’un des films les plus personnels de Wajda, est consacré au massacre de Katyń, longtemps passé sous silence par le régime soviétique. Le film revient sur ce crime de 1940, au cours duquel des milliers d’officiers et de prisonniers de guerre polonais furent exécutés par le NKVD.
L’histoire est racontée à travers les parcours de soldats et de leurs proches, notamment des femmes qui attendent en vain le retour de leurs maris, fils ou frères, sans connaître leur sort. La dimension personnelle du projet est essentielle : le père du réalisateur figure parmi les victimes du massacre. Pendant des décennies, Wajda a porté le projet de consacrer un film à cette tragédie familiale et nationale. Il montre aussi comment cette tragédie a été déformée, instrumentalisée ou niée pendant des décennies, et s’interroge sur le travail de mémoire qui a suivi.
Présenté en 2007, Katyn fut salué par la critique internationale. Le film fut notamment nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et reçut le Prix d’Excellence aux European Film Awards en 2008.

© TVP
Le cycle sera inauguré par Andrzej Wolski, réalisateur franco-polonais installé à Paris. Auteur du documentaire Wajda – Une leçon de cinéma (2016), réalisé quelques mois avant la disparition d’Andrzej Wajda, il a également sélectionné les films présentés dans le cadre de ce cycle.
Il sera présent lors de la séance d’ouverture du 29 juin pour introduire le programme et partager son regard sur l’œuvre du cinéaste.
Réalisateur de documentaires et de longs métrages, Andrzej Wolski est l’auteur d’une quarantaine de films pour la télévision française, la BBC et TVP. Spécialiste des portraits historiques et biographiques, il est notamment le co-auteur, avec Agnieszka Holland, du scénario de Europa, Europa, nommé aux Oscars en 1991.
Son travail est marqué par un intérêt constant pour les grandes figures et les moments clés de l’histoire polonaise et européenne. Il a consacré plusieurs films à des personnalités telles que Jerzy Giedroyc, Józef Czapski, Jan Karski ou Jan Nowak-Jeziorański.
Sa relation avec Andrzej Wajda occupe toutefois une place particulière dans son parcours. Quelques mois avant sa disparition, à l’aube de ses 90 ans, le maître du cinéma polonais invita Wolski à revisiter avec lui les œuvres les plus importantes de sa carrière. De ces rencontres est né Wajda – Une leçon de cinéma, un documentaire exceptionnel qui constitue à la fois une réflexion sur l’art cinématographique et un véritable testament artistique du réalisateur.

Andrzej Wolski et Andrzej Wajda © Grzegorz Hartfiel
PROGRAMME
Lundi 29 juin 2026
18h45
Cendres et diamant / Popiół i diament
En présence d’Andrzej Wolski
Jeudi 2 juillet 2026
18h30
L’Homme de fer / Człowiek z żelaza
Lundi 6 juillet 2026
19h00
Kanal : Ils aimaient la vie / Kanał
Jeudi 9 juillet 2026
18h45
Katyn / Katyń
En version originale sous-titrée en anglais
Cinéma Galeries
Galerie de la Reine 26
1000 Bruxelles

Ce cycle s’inscrit dans le programme « 2026 – L’Année Andrzej Wajda »

Partenaires :

TVP • 33 mm Platform • Wytwórnia Filmów Dokumentalnych i Fabularnych (Documentary and Feature Film Studio – WFDiF)

