Le Ventre de la Ville. Architecture du paysage alimentaire
Derrière chaque repas se cache une vaste infrastructure : terres agricoles, marchés, commerces, entrepôts, moyens de transport, normes sanitaires, frontières et réseaux de distribution. Ces mécanismes restent souvent invisibles, alors qu’ils façonnent profondément l’architecture des villes, leurs espaces publics et la vie quotidienne de leurs habitants.
Présenté à Bruxelles durant le mois d’octobre 2026, Le Ventre de la Ville. Architecture du paysage alimentaire est un projet artistique, architectural et de recherche consacré à ce « paysage alimentaire ». Il examine la manière dont les aliments sont produits, transportés, vendus, consommés ou jetés, ainsi que les relations économiques, sociales et politiques qui se construisent autour d’eux.
Le projet aborde notamment la disparition des petits commerces et des marchés, le développement de l’agriculture urbaine, les circuits courts, le gaspillage alimentaire, la standardisation de la nourriture et l’accès à une alimentation locale et de qualité.
Plutôt que de réunir toutes les œuvres dans un espace d’exposition traditionnel, Le Ventre de la Ville se déploie dans plusieurs quartiers de Bruxelles. Magasins d’alimentation, marché, place publique, camionnette de livraison, lieu indépendant et faculté d’architecture deviennent les différentes étapes d’une exposition à l’échelle de la ville. Les œuvres sont ainsi présentées dans les lieux mêmes où les aliments circulent, sont vendus, transformés et consommés.
Le projet s’articule autour de trois composantes complémentaires :
- un parcours artistique composé d’installations, de vidéos, d’affiches, de performances et d’interventions dans l’espace public ;
- une conférence internationale organisée à la Faculté d’Architecture La Cambre Horta de l’ULB ;
- et un programme de rencontres, d’ateliers et de visites permettant au public de découvrir les différents lieux du projet.
![]() © Dawid Misiorny |
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La ville à travers les pratiques alimentaires de la diaspora polonaise
L’un des points de départ du projet est le paysage alimentaire de la diaspora polonaise à Bruxelles : ses commerces, ses réseaux de distribution, ses traditions culinaires et ses pratiques quotidiennes.
Les épiceries polonaises, les produits importés, les recettes transmises d’une génération à l’autre et les habitudes alimentaires qui évoluent au contact d’autres cultures témoignent de la manière dont la nourriture accompagne les migrations et participe à la construction des identités.
À travers ces pratiques, l’exposition met en lumière des formes d’économie informelle, des réseaux de solidarité et des espaces de rencontre qui contribuent à la diversité culturelle de Bruxelles.
Elle interroge également les inégalités d’accès à l’alimentation, les rapports entre consommation et classes sociales, ainsi que les conséquences environnementales et politiques des systèmes alimentaires contemporains.
![]() Agnieszka Kurant, Convertisseur de devises. Carte des monnaies alimentaires informelles, 2026. Installation dans la vitrine de l’épicerie Kofiko, chaussée d’Ixelles 311, Bruxelles. |
![]() Centrum Centrum, œuvre installée sur la clôture d’une ferme urbaine communautaire à Bruxelles. Vue de l’exposition Le Ventre de la Ville, 2026. |
Des œuvres au cœur de la ville
Sous le commissariat de l’architecte Aleksandra Wasilkowska, les artistes invités investissent différents lieux de Bruxelles et proposent des regards singuliers sur les relations entre alimentation, mémoire, migration, économie et espace urbain.
→ Agnieszka Kurant présente Convertisseur de devises. Carte des monnaies alimentaires informelles, une installation dans la vitrine de l’épicerie polonaise Kofiko, chaussée d’Ixelles. L’artiste explore la manière dont certains produits alimentaires ont servi de monnaies d’échange à différentes époques et dans différents contextes économiques.
→ Karolina Jabłońska utilise une camionnette transportant des produits alimentaires de Pologne vers les commerces polonais de Bruxelles comme support de ses peintures. Ses œuvres évoquent la mémoire, les traditions culinaires et les liens affectifs que les aliments entretiennent avec les lieux d’origine.
→ Krzysztof Kaczmarek présente Chou en poudre, une vidéo diffusée à la caisse de l’épicerie polonaise Kubuś, rue Malibran à Ixelles. Sous la forme d’un mélodrame musical mettant en scène des produits alimentaires, l’œuvre questionne les normes de consommation, les discours sur l’alimentation saine et les distinctions sociales liées au goût.
→ Dawid Misiorny propose Phytosanitary, une installation composée de pommes de terre et d’un fragment de carrosserie automobile, à proximité du marché des Abattoirs d’Anderlecht. L’œuvre interroge les frontières, les réglementations sanitaires et les contradictions qui entourent la circulation des personnes et des marchandises. L’artiste présente également Paysage alimentaire, une série photographique consacrée aux lieux de production, de transformation et de distribution alimentaire.
→ Centrum Centrum, collectif formé par Łukasz Jastrubczak et Małgorzata Mazur, présente Lorsqu’un concombre mange un escargot, un projet associant affiches, création sonore et interventions dans les marchés et commerces polonais. Il explore différentes formes de production alimentaire, de l’agriculture industrielle aux jardins collectifs et aux pratiques d’autosuffisance.
→ Aleksandra Nowysz présente Un demain meilleur, une installation textile inspirée de projets architecturaux utopiques du XXe siècle, qui imaginaient de nouvelles relations entre agriculture et espace urbain.
→ Janek Simon propose Vendeur de rue, une performance sur le marché de la place Flagey. À partir de fruits imaginaires créés à l’aide d’outils numériques et de l’impression 3D, l’artiste invite à réfléchir à la circulation des cultures, à la diversité et aux possibilités de nouveaux imaginaires.
→ Pola Sutryk présente Le Festin moisi, une performance culinaire participative qui remet en question notre perception de l’abondance, du gaspillage alimentaire et des frontières entre ce qui est considéré comme comestible et ce qui devient déchet.
→ Le collectif Slavs and Tatars investit un espace privé à Ixelles avec son Pickle Bar, un bar éphémère et performatif consacré à la fermentation, aux échanges culturels et aux relations entre alimentation et langage. Le programme réunit également Łukasz Jastrubczak, Ala Savashevich et Filipka Rutkowska, autour de performances musicales, d’ateliers et d’interventions artistiques.
Au centre de cette réflexion se trouve également la proposition architecturale d’Aleksandra Wasilkowska pour un futur « ventre de la ville ». Imaginé au cœur de Varsovie, ce projet réunit dans un même équipement public une halle alimentaire, une ferme urbaine, des espaces de production et de transformation, un bar mleczny (cantine populaire polonaise), un centre d’éducation alimentaire et une banque alimentaire. Il propose une alternative aux longues chaînes de distribution en rapprochant producteurs, consommateurs et espaces de vie.
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Une conférence internationale pour repenser les paysages alimentaires
Organisée dans le cadre du projet, la conférence internationale New Territories of Foodscapes réunit architectes, urbanistes, chercheurs, artistes et spécialistes des systèmes alimentaires autour d’une question centrale : comment repenser la ville à partir de ce qui la nourrit ?
Les discussions porteront notamment sur l’agriculture urbaine, les relations entre ville et campagne, les nouvelles formes de production alimentaire, les transformations des territoires agricoles et les modèles d’aménagement plus durables et plus équitables. Cette rencontre entend favoriser le dialogue entre recherche scientifique, pratiques artistiques et initiatives de terrain, afin d’imaginer de nouvelles manières de produire, de distribuer et de partager les ressources alimentaires.
Programme
9h20–10h10 : The Urzecze Project – Joanna Erbel, Aleksandra Nowysz et Maciej Łepkowski.
10h25–10h45 : New Ruralities – Nadia Casabella (ULB).
10h45–11h05 : Les alternatives architecturales face à la transformation de l’agriculture industrielle – Axel Fisher (ULB).
11h05–11h45 : Stratégies territoriales à Neerpede : agriculture, nature et paysages – Catherine Fierens.
12h05–13h05 : Pause déjeuner autour d’un Milk Bar, inspiré des cantines populaires polonaises.
13h05–14h05 : Sour on Power – conférence du collectif Slavs and Tatars.
14h05–15h05 : Bioregionalism – Mathias Rollot (ENSAG).
15h25–16h25 : Food Systems and the City – Damien Conaré (Institut Agro Montpellier).
16h25–16h55 : Table ronde et discussion sur les perspectives de recherche et de collaboration.
Performances, rencontres et découvertes : les 30 et 31 octobre
En parallèle de la conférence, Le Ventre de la Ville propose un programme artistique et participatif dans plusieurs lieux de Bruxelles. Ces événements prolongent les réflexions de l’exposition en invitant le public à découvrir autrement les lieux, les pratiques et les communautés qui participent quotidiennement à l’alimentation de la ville.
Vendredi 30 octobre
À partir de 19h : soirée de rencontres et de performances artistiques autour du Pickle Bar de Slavs and Tatars, avec notamment des interventions de Łukasz Jastrubczak, Ala Savashevich et Filipka Rutkowska.
Samedi 31 octobre
10h00–13h00 : Vendeur de rue – performance de Janek Simon sur le marché de la place Flagey, à Ixelles.
13h00–14h00 : visite guidée du marché multiculturel des Abattoirs d’Anderlecht, à la découverte d’un des principaux lieux d’approvisionnement alimentaire de Bruxelles.
14h00–18h00 : performances du Pickle Bar et programme de clôture.
Informations pratiques
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Programme et informations complémentaires






